Secteur priv?, laissez, d’abord, passer l’ouragan

The content originally appeared on: News Americas Now

Black Immigrant Daily News

The content originally appeared on: Le Nouvelliste

La note de presse du 8 d?cembre du secteur priv? annon?ant qu’il met fin ? ses divisions internes et qu’il lance une <> invite ? la r?flexion. Elle peut ?tre une excellente nouvelle pour le pays, tout comme une annonce apocalyptique. Tout d?pend de la volont? et de la sinc?rit? des signataires. La bonne nouvelle est qu’aucun pays ne peut pr?tendre au d?veloppement durable sans un secteur priv?, une ?lite ?conomique qui ne d?partage pas sa recherche de profit de son r?le majeur dans la construction d’une soci?t? juste et int?gr?e, exerc? dans sa responsabilit? sociale et son appui ? (l’?mergence d’) une classe politique form?e de citoyens honn?tes, comp?tents et patriotes. Un tel secteur priv? cr?e des emplois et attire des investissements directs ?trangers en vue de la formation d’une classe moyenne, n?cessaire ? la construction de toute d?mocratie. Cependant, des hommes d’affaires divis?s, corrompus et qui capturent l’?tat ne sauraient remplir de telles fonctions. Prise dans ce sens, la d?marche du secteur priv? serait une nouvelle longuement attendue et ardemment d?sir?e par tout un peuple.

Par ailleurs, il est extr?mement difficile et d’ailleurs paradoxal (du point de vue th?orique) que les tenants du statu quo changent de comportement ou de vision, de surcro?t si radicale, sans qu’il n’y ait une force exog?ne mena?ante, laquelle peut ?tre des catastrophes naturelles, des pressions internationales, des r?bellions internes, etc. Il suffit de penser aux transformations sociales en Europe apr?s la Peste noire ou ? la d?mocratisation de l’Am?rique latine, sp?cialement de l’Am?rique centrale sous influence am?ricaine. Vu sous cet angle et ? la lumi?re de l’histoire d’Ha?ti, on a bien des raisons de douter de la sinc?rit? des acteurs du secteur priv?. Toutefois, on peut essayer de d?celer quelques ?l?ments ou indices qui permettraient de voir si les hommes d’affaires d’Ha?ti veulent un changement r?el ou s’il ne s’agit que d’une strat?gie, d’un sauvetage en vue de se mettre ? l’abri des sanctions ou, de fa?on plus r?aliste, d’assouplir leurs impacts dans un ?lan de solidarit? dans le mal, en vue de maintenir intacte la dynamique sociale et ?conomique d’Ha?ti. Tel est l’exercice auquel je vais me livrer dans ces r?flexions.

D’entr?e de jeu, le secteur priv? fait r?f?rence ? ses responsabilit?s sociale et citoyenne en se disant <>. La premi?re question qu’il faut poser aux signataires de la note est pourquoi cette <> se manifeste maintenant, puisqu’une crise sociale, loin d’?tre impr?visible, est un ph?nom?ne ?volutif r?sultant d’un processus cumulatif et continu de dysfonctionnements. Il faut se demander aussi ? quel niveau le secteur priv? cessera de financer des groupes arm?s ou de financer des politiciens criminels pour que cesse l’ <>. ? quel niveau le secteur priv? veut-il sortir de sa vision <> (c’est-?-dire d’une soci?t? o? les businessmen veulent garder et la richesse et une hi?rarchie sociale fond?e sur le sang, une vision sociale qui se trouve aux antipodes de l’id?al bourgeois et des soci?t?s capitalistes) en sortant de la logique d’entreprise familiale et en s’ouvrant ? tout investisseur respectueux des r?gles du jeu, pour que cesse l’ <> ? ? quel niveau le secteur priv? est-il pr?t ? assumer pleinement ses <> d’Ha?tiens en d?veloppant des programmes sociaux (bourse d’?tudes, construction d’?coles et d’h?pitaux, etc.) en vue de cesser l'<> et surtout les in?galit?s sociales, cancer de la d?sint?gration sociale ?

Compte tenu des in?galit?s sociales en Ha?ti (le pays le plus in?gal en Am?rique latine et l’un des cinq pays les plus in?gaux du monde), le secteur priv? ha?tien est l’un des plus puissants au monde, car il n’existe aucun pouvoir interne capable d’influencer son comportement, encore moins de le sanctionner. Ainsi donc, la r?ponse aux trois questions pr?alablement pos?es doit passer par un changement de comportement clair du secteur priv? – et m?me spectaculaire, vu son d?ficit de cr?dibilit? – relatif ? la dynamique politique, sociale et ?conomique du pays.

Premi?re ACTION CONCR?TE : Dire non ? la corruption

Tout d’abord, le secteur priv? doit divorcer d’avec la corruption. Tout est mis en place pour la corruption : une administration publique incomp?tente et inefficiente fonctionnant sous la f?rule d’hommes d’affaires et des autorit?s de l’Etat non ?lues mais qu’ils nomment officieusement eux-m?mes. Si la pression fiscale d’Ha?ti est de 6% (contre 21% en Am?rique latine), ceci n’est pas d? exclusivement ? l’ins?curit? qui bloque le pays mais aussi ? la connivence frauduleuse entre acteurs des secteurs public et priv?. Si Ha?ti perd 634 millions de dollars par an dans ses ?changes avec la R?publique dominicaine, cela r?sulte pour une tr?s large part de la corruption qui s’?rige en principe administratif dans les douanes. En Ha?ti, il y a lieu de se demander si l’?conomie criminelle et souterraine et, donc, de la corruption ne d?passe pas celle respectueuse des r?gles du march?. On commencera ? croire dans la sinc?rit? du secteur priv? quand il aura pr?sent? de fa?on d?taill?e les mesures qu’il prendra contre ses membres qui refuseraient de divorcer d’avec les pratiques de corruption. En termes clairs, on s’attend ? voir les recettes de l’?tat augmenter (car le secteur priv? a la capacit? de faire pression sur les corrompus du secteur public). Dans cette optique, le secteur priv? devrait attendre la fin des sanctions de la communaut? internationale avant d’engager son <>. En effet, les sanctionn?s ne devraient pas faire partie de cette structure, ? moins que la justice ne les trouve irr?prochables. Le secteur priv? devrait aussi faire pression pour que la justice fonctionne au lieu d’y ?tre une pierre d’achoppement. (On esp?re aussi que la communaut? internationale partagera ses preuves avec l’ <> ha?tien.) Dans le cas contraire, il est juste de penser que le revirement de nos hommes d’affaires est davantage une strat?gie de survie pour la perp?tuation du statu quo qu’une v?ritable volont? de changement. D’ailleurs, le fait que la d?marche n’est pas inclusive, encore moins l?gitime et d?mocratique, tel que le r?v?le la d?nonciation de la Soci?t? de Rhum Barbancourt, concourrait ? la deuxi?me id?e. On comprend bien que cette derni?re d?plore que <>, car un fait est certain, c’est que tous les entrepreneurs ne peuvent ?tre des d?linquants. Il doit en exister qui sont respectueux des principes concurrentiels et de leurs obligations fiscales et qui veulent le d?veloppement du pays.

Deuxi?me ACTION CONCR?TE : Mettre fin ? la capture de l’?tat

Le secteur priv? doit cesser la capture de l’?tat, c’est-?-dire la mainmise sur l’administration publique et le contr?le des autorit?s politiques pour ses int?r?ts totalement priv?s. Le signal spectaculaire est qu’il abandonne le financement des politiciens corrompus, incomp?tents, anti-patriotes et restav?k. Comme je l’ai dit plus haut, les crises sociales et politiques ne sont pas impr?visibles, ce qui se passe maintenant se voyait venir ? partir des ?lections de 2010 et il y avait de nombreux signes avant-coureurs qui sautaient aux yeux de tout observateur. Je crains fort que l'<> – expression que j’utilise depuis 2020 pour d?crire la situation actuelle – ne double sa vitesse ? partir des prochaines ?lections. En ce sens, ces joutes ?lectorales seraient le d?but de la derni?re ?tape conduisant ? la d?sint?gration totale de la soci?t? ha?tienne, ? la guerre civile pour un peuple <> pacifique. (Au passage, depuis quelque temps, je d?fends la th?se de l’inexistence de l’Etat ha?tien dans les conditions actuelles). En effet, les profils politiques qui se profilent ? l’horizon, surtout des plus en vogue, ne paraissent pas moins corrompus ni moins assoiff?s de pouvoir que ceux qui ont gouvern? la derni?re d?cennie, mais bien plut?t qu’ils se r?v?leraient, pour la plupart, plus hypocrites, plus opportunistes, plus populistes et plus incoh?rents.

Dans cette perspective, on s’attend ? ce que le secteur priv? ?tablisse des crit?res, des conditions que doit remplir un candidat pour b?n?ficier de son soutien financier. En toute ?vidence, ces crit?res incluiront l’int?grit?, la comp?tence, le parcours, un engagement r?el. Ainsi donc, un citoyen sanctionn? par la communaut? internationale ou ?clabouss? dans des scandales de corruption ou des actions criminelles sans qu’un jugement favorable ne lui soit rendu ne saurait recevoir le financement du secteur priv?. Chacun de ces concepts, ? savoir int?grit?, comp?tence et autre, devrait ?tre accompagn? d’une d?finition op?rationnelle. Il s’agirait d’un processus transparent o? toute information relative au financement des ?lections est accessible ? tout le monde.

Troisi?me ACTION CONCRETE : Remplacer l’esprit de caste par l’int?gration sociale

La soci?t? ha?tienne est travers?e par un clivage ? la fois social, ?conomique, coloriste et ethnique important, fait, d’un c?t?, par ceux – majoritaires et noirs – qui se r?clament d’?tre les <> Ha?tiens, les authentiques fils de Dessalines et dont les anc?tres sont venus d’Afrique et, de l’autre, par ceux qui sont arriv?s des cieux europ?ens et asiatiques. Ils se rejettent mutuellement et l’int?gration sociale s’en trouve bloqu?e. Ce clivage, paradoxalement et ? la surprise de plus d’un, se reproduit en tout lieu et dans toute cat?gorie sociale du pays. Cependant, les mul?tres – et les noirs riches – qui d?finissent les rapports sociaux ont pour responsabilit? d’aider ? travers leur comportement et leur ouverture de rompre cette fracture sociale qui est la base m?me de ce que j’appelle depuis plusieurs ann?es la culture <> dominante en Ha?ti. Toufefois, dans le cas de nos leaders, il nous faut des gens inspir?s de Mandela pour en finir avec cet esprit d’apartheid au lieu d’animer la haine et la vengance.

Dans cette perspective, trois id?es nous attirent de fa?on particuli?re dans la note du secteur priv?. Ce sont les investissements directs ?trangers, l’inclusion sociale et la fuite des cerveaux. Il est d?montr? que le secteur priv? d’un pays sous-d?velopp? comme Ha?ti profite des investissements directs ?trangers qui font de grands apports en termes de technologie, de culture administrative, etc. Cependant, on a l’impression que le secteur priv? ha?tien n’est pas ouvert aux investissements ?trangers bien que cela lui convienne en termes ?conomiques. La culture de la corruption, d’un c?t?, et la peur de se voir socialement d?plac?s, de l’autre, semblent guider l’opposition aux investissements directs ?trangers qui viendraient reconfigurer le secteur des affaires en Ha?ti. Quant ? l’inclusion sociale et ? la fuite des cerveaux, elles sont intimement li?es. On crie sur tous les toits que 90% des comp?tences ha?tiennes se trouvent ? l’?tranger. Cependant, les 10% restants (qui sont d’origine modeste) doivent s’exiler aussi parce qu’on ne leur offre pas d’opportunit?s. La soci?t? ha?tienne a donc une structure de castes sociales o? tout semble conditionn? par l’origine sociale, contrairement aux soci?t?s lib?rales et d’?conomie de march? o? les positions sont, pour une tr?s large part, d?termin?es par les comp?tences. A ce niveau, on s’attend ? voir une diversit? dans le personnel des entreprises ? tous les niveaux, ce en fonction des comp?tences et non des liens de parent?. De plus, on s’attend aussi ? voir une ouverture des entreprises ? la vente d’actions ? tout individu ayant les moyens, ind?pendamment de ses origines.

Voici r?ellement les actions qu’on attend du secteur priv?. Tout le reste viendra automatiquement. En effet, le chaos que l’on vit actuellement n’est pas d? ? l’absence de r?formes institutionnelles, de Plan strat?gique de d?veloppement ?conomique et social (PSDES) ni de changement de constitution. On a presque tous ces documents m?me si la plupart m?rite d’?tre am?lior?e et quelques-uns d’?tre chang?s. Par exemple, on n’a pas avant tout un probl?me de constitution, mais plut?t d’?lites. Ainsi donc, la cause du chaos actuel r?side dans la volont? visc?rale de faire p?renniser le statu quo, c’est-?-dire l’opposition farouche ? un changement r?el, contrairement aux discours de toujours.

Conclusion

Si le secteur priv? souhaite un changement r?el en Ha?ti fond? sur la s?curit?, la croissance ?conomique inclusive, la r?duction des in?galit?s et de la pauvret?, il doit divorcer avec la corruption, cesser de capturer l’?tat et se r??duquer contre tout esprit de caste au b?n?fice de l’int?gration sociale en Ha?ti. Le document qui nous int?resse le plus est celui des indicateurs ?tablis pour chaque action et surtout les sanctions qu’il prendra contre les contrevenants. Pour commencer, il devrait entreprendre toute initiative apr?s que sera pass? l’ouragan des sanctions et qu’il bannit de ses rangs tout sanctionn? tant qu’un jugement favorable ne lui aura pas ?t? rendu, car toute soci?t? bas?e sur l’impunit? est appel?e ? se d?sint?grer jusqu’? dispara?tre.

De plus, cette transition sera la derni?re et nos relations avec la communaut? internationale se fonderont sur un partenariat <>, comme le veut la note du secteur priv?, ? la condition qu’il ?carte de ses rangs tout membre corrompu et qu’il cesse de financer les politiciens corrompus, criminels, incomp?tents, incoh?rents et populistes en vue de l’?mergence d’une soci?t? moderne, democratique et promotrice d’?conomie de march?, orient?e par des individus int?gres, comp?tents et patriotes.

Ha?ti peut ?tre autre, et le secteur priv? y a un r?le primordial ? jouer. Profitons de ce momentum et soyons surtout sinc?res dans cette d?marche.

Joseph Harold Pierre

[email protected]

R?agir ? cet article

Please enable JavaScript to view the comments powered by Disqus.

NewsAmericasNow.com