Singuliers propos

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L’etrange, l’absurde, l’incoherent ne manquent pas au discours politique. Dans la politique haitienne, ce ne sont pas les perles qui manquent. Reconnaissons que nous ne detenons cependant pas la palme. C’est quasiment a l’echelle mondiale qu’on entend tout et n’importe quoi de la part des politiques. Combien de fois a-t-on perdu son temps a ecouter tel chef d’Etat etranger, tel soi-disant leader d’un groupe, d’un systeme, pour apres conclure que <>. La politique peine de plus en plus a produire du sens, sauf a se demander ce que le vide signifie.

Dans la vie civile, on entend de singuliers propos qui, pour absurdes qu’ils puissent etre, renseignent sur ce qu’il se passe dans les tetes, les ideologies, les extremismes qui faconnent les consciences et les comportements.

Petit voyage dans la semaine.

Reponse d’un etudiant a un autre qui, pour lier amitie, lui demande s’il est plutot jazz ou racine : <> Aussi terrifiante que la reponse en forme de rappel et de lecon de catechese du petit-fils de six ans au <> de son grand-pere : <> Voila ce que peut la religion quand elle coupe le souffle a la culture, a la tendresse. Quand elle met toute parole sous controle, (sur)determine tout. On se demande comment l’etudiant anti-musique paienne reagit a un cours de sciences humaines ou naturelles.

Dans un cercle litteraire un invite-surprise n’est pas a court d’idees et surprend les habitues en developpant sa version de la theorie de la deviance maximale : le plus d’ecart possible entre <> et <> pour proteger le creole contre toute corruption. Il revient au vieux cliche <> pour Amerique centrale. Lui viendrait-il de dire <> pour parler de Beckenbauer, Passarella ou Marquinhos ! Le plus bete, c’est l’usage de ce relatif <>, bien plus francais que le vocabulaire. Mais il y a pire. A la place de psychiatre, il faudrait dire <>. Quel respect pour les eventuels patients et quelle reduction pour la profession ! Mais poussons plus loin dans l’absurde. On voit cette bonne mere de famille, le soir, a la table du diner familial, confier a ses enfants que sa consultation (ne disons pas gynecologue) chez le <> n’a rien revele d’anormal.

Un ami amateur de salle de sport : Si Ayiti pa vodouyizan, nou p ap sove >>. Aie! La reconnaissance du vodou comme element constitutif d’une culture haitienne forcement en mouvement, seuls s’y opposent les prejuges racistes d’un autre obscurantisme. Quant a la lutte pour le respect des droits des pratiquants du culte vodou, un combat politique et social a mener sans relache ni concessions. Mais de la a vouloir que tous les Haitiens defilent dans les hounforts pour s’initier et demander a Erzulie ou Legba de resoudre nos problemes sociaux, bonjour l’integrisme.

Ah, ces choses qu’on entend et qui font un peu peur. Les politiques, pas tous mais un grand nombre d’entre eux, disent souvent tout et n’importe quoi puisqu’ils ne croient guere a ce qu’ils disent. Mais ces propos tires de conversations civiles, ils correspondent au sentiment et a la pensee de leurs porteurs. Et c’est bien pour ca qu’ils me font peur.