S?rie de dettes publiques contract?es par Ha?ti sur le march? int?rieur et ext?rieur au XIXe si?cle (1825-1911) (Suite)

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Emprunts ext?rieurs

Les emprunts ext?rieurs concernent d’abord deux emprunts engag?s par l’?tat ha?tien sur le march? financier fran?ais[16]. Ce sont :

l’emprunt Domingue (contract? sous la pr?sidence du pr?sident Michel Domingue en 1875) ;

l’emprunt Hyppolite (contract? sous le gouvernement du g?n?ral Florvil Hyppolite en mars 1896, dont les fonds ont ?t? lib?r?s sous la pr?sidence du g?n?ral Tir?sias Simon Sam).

L’emprunt dit Domingue

L’emprunt Domingue – du nom du pr?sident Michel Domingue – a ?t? souscrit en France pour le montant de 36,5 millions de francs. Cinquante ans apr?s l’acceptation de l’ordonnance royale de 1825, voil? que l’?tat ha?tien, en vue de faire face ? des obligations financi?res, a contract? aupr?s des capitalistes fran?ais, un nouvel emprunt[17].

Se basant sur un prospectus diffus? en France aupr?s des capitalistes et financiers ?tablis ? Paris, cet emprunt avait ?t? engag? dans le but, entre autres, de :

liquider compl?tement, et par anticipation, le reliquat de la double dette de l’Ind?pendance envers la France – qui tournerait ? l’?poque autour de 10 millions de francs ;

payer la dette flottante d’Ha?ti estim?e ? 6 millions de francs environ ;

utiliser une partie de l’emprunt pour fonder une banque en Ha?ti ;

utiliser une partie de l’emprunt pour r?aliser de grands travaux d’utilit? publique, appel?s ? favoriser la prosp?rit? agricole et commerciale d’Ha?ti[18].

Somme toute, on dira que le gouvernement ha?tien avait engag? cet emprunt avec de tr?s bonnes intentions, mais les fonds ainsi obtenus ont ?t? mal utilis?s.

? la suite des d?marches n?cessaires (contacts et colloques de rigueur), les pr?pos?s de la finance sur la place d’affaires de Paris sont parvenus ? faire passer le projet de l’emprunt. De leur c?t?, les capitalistes fran?ais, voyant la possibilit? de faire des affaires juteuses, ont mordu ? l’hame?on. Le montant de l’emprunt sollicit? par l’?tat ha?tien a ?t? avanc? par le Cr?dit agricole et industriel ? un taux de 8 %. L’emprunt a ?t? obtenu au prix fort, soit 41 675 obligations de 500 francs devant rapporter 40 francs d’int?r?ts par an. Les fonds ?taient remboursables sur une p?riode de vingt et un ans.

Des 36,5 millions de francs, apr?s les prises des courtiers et courtisans, d?marcheurs et autres facilitateurs, les frais administratifs et autres, seulement 21,8 millions revenaient ? l’?tat ha?tien. Une bonne partie de cette somme a ?t? utilis?e dans des transactions opaques. En fin de compte, l’argent n’a pas ?t? utilis? pour les objectifs mis en avant, ni investi dans les projets pr?vus. Au contraire, il a ?t? l’objet d’un scandale financier. Cet emprunt ?tait une transaction frauduleuse, torpill?e, au pr?judice de l’?tat ha?tien et au profit de banquiers ?trangers, de personnalit?s fran?aises ayant facilit? son d?caissement et d’hommes de pouvoir bien plac?s en Ha?ti. En premier lieu, la banque pr?teuse percevait 130 francs pour le placement d’une obligation de 500 francs alors qu’elle ne garantissait rien. D’autre part, le personnage tout-puissant aupr?s du Pr?sident de la R?publique, son neveu bien-aim? et homme fort du r?gime, le g?n?ral Septimus Rameau, qui avait choisi de s’occuper en priorit? des questions financi?res et ?conomiques de son poste de Secr?taire du Conseil des ministres au Palais national, r?clama et obtint pour lui-m?me un droit oscillant entre 1 et 1 1/2 % du produit d?clar? de l’emprunt. La somme empoch?e, il se lan?a dans les vanit?s et mondanit?s au frais de la R?publique.

Le scandale financier entra?na une protestation politique, puis une insurrection populaire contre le gouvernement Domingue-Rameau qui finit d’ailleurs par ?tre renvers?. Le pr?sident

Domingue a pu sauver sa peau en gagnant une ambassade, mais le g?n?ral Septimus Rameau, le grand diseur, l’homme des projets faramineux, jouant le r?le de vice-pr?sident de facto ou de Premier ministre aupr?s de son oncle, n’a pas pu ?chapper ? la fureur de la foule. Il a ?t? poursuivi au bas de la ville de Port-au-Prince. Ses mallettes pleines ? craquer, contenant des billets de banque, avaient rendu ses pieds trop lourds. Il a ?t? lynch? et tu? par une foule en col?re. D?s lors, les billets sortis de leur cachette, selon la loi de la gravitation popularis?e par Isaac Newton, montaient au ciel et descendaient sur terre. Et des gens s’en procuraient ? coeur joie.

Cet emprunt scandaleux a ?t? l’objet d’un grand d?bat en Ha?ti. Certains soutenaient que l’?tat ha?tien devait quand m?me honorer ses obligations aupr?s de ses cr?anciers. Par contre, d’autres opinaient qu’Ha?ti ne devait rien, arguant que des personnalit?s fran?aises participaient au scandale financier tant discrimin?. En r?sum?, cet emprunt de 1875 ne fut pas sans cons?quence sur la vie du peuple ha?tien.

Le gouvernement de Pierre-Th?omas Boisrond-Canal, ayant succ?d? au pr?sident Michel Domingue, montra des r?ticences ? reconna?tre l’emprunt de 1875, surtout que l’opinion publique en Ha?ti, dans sa grande majorit?, y ?tait d?favorable, comme l’atteste la derni?re <> qui renversa Domingue et son neveu. Mais la France veillait au grain. Elle mena?a ? son tour de ne pas reconna?tre le nouveau gouvernement si les clauses du dernier emprunt n’?taient pas accept?es. La diplomatie fran?aise utilisa des pressions diverses, elle mena?a de repr?sailles et m?me de bombardements la capitale ha?tienne. Au d?but, les n?gociations entre Paris et Port-au-Prince n’ont pas abouti ? un accord. Par la suite, Ha?ti c?da ; les autorit?s ha?tiennes accept?rent, ? leur corps d?fendant, de rembourser l’emprunt. Mais le gouvernement de Boisrond-Canal ne resta que deux ans et quelques mois au pouvoir (1876-1879). Le gouvernement de Lysius F?licit? Salomon qui lui succ?da se montra plus conciliant envers la France. Au d?part, il trouva un pis-aller. Ha?ti paya et honora ses engagements financiers comme elle le pouvait. Ensuite, en 1885, dix ans apr?s l’emprunt, Domingue n?gociera avec les porteurs de titres et la puissance fran?aise. Les int?r?ts g?n?r?s par cet emprunt ont ?t? acquitt?s jusqu’en 1916, et le remboursement s’est prolong? jusqu’en 1922, soit durant l’occupation politique et militaire d’Ha?ti par les ?tats-Unis d’Am?rique.

L’emprunt dit Hyppolite

L’emprunt dit Hyppolite, c’est l’emprunt de 50 millions de francs souscrit en France, conclu le 14 mars 1896 sous la pr?sidence du g?n?ral Louis Mond?sir Florvil Hyppolite. Cet emprunt a ?t? engag? dans le but, d’une part, de convertir les bons contract?s sur le march? national et, d’autre part, de proc?der au rachat du papier-monnaie qui se d?gradait ? un rythme inqui?tant. Ainsi, une partie de cette somme devait servir ? des travaux d’infrastructures et de modernisation. En termes d’infrastructures et de modernisation, le gouvernement s’?tait engag? ? acqu?rir le march? en fer de Port-au-Prince, construire des installations de douane (comme ? Port-au-Prince, Petit-Go?ve et Port-de-Paix), construire des ponts sur des rivi?res ? Saint-Marc, dans la Plaine du Cul-de-Sac, ? Petite-Anse, refaire les quais de Jacmel, des Gona?ves, de Port-de-Paix, installer le c?ble transatlantique, le t?l?phone dans les principales villes et finalement am?nager le palais du Corps l?gislatif.

Mais le gouvernement du pr?sident Hyppolite n’a pas g?r? lui-m?me les fonds emprunt?s. Dix jours apr?s avoir obtenu la signature du contrat, le g?n?ral-pr?sident succomba ? une crise cardiaque le 24 mars 1896[19]. Une partie de l’emprunt rentrait dans les fonds du Tr?sor public -apr?s les relev?s de droit et les prises de service des uns et des autres. On fit quand m?me ce qu’on pouvait dans la ligne de la politique de modernisation de l’?tat entam?e sous le gouvernement d’Hyppolite. Par exemple, les autorit?s financi?res ont tent? la conversion de la dette flottante. Arriva un moment o? l’argent manqua pour tout r?aliser. Toujours est-il que la strat?gie utilis?e n’a pas ?t? la bonne, il ?tait illusoire de penser parvenir ? la modernisation du pays avec des sommes emprunt?es de l’ext?rieur, sans des investissements importants tir?s des fonds et des capitaux g?n?r?s sur le march? national. On admettra quand m?me que la modernisation a ?t? lanc?e, mais, par manque de capitaux, elle n’a pas touch? un grand nombre de secteurs. C’est en ce sens que l’historien Roger Gaillard parle de <>.