Tout savoir sur Louis Philippe Dalembert

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Premier jour sur terre ?

Le samedi 8 d?cembre, ? 8h00 du matin, de l’an de gr?ce 1962. Dix-huit ans plus tard, jour pour jour, John Lennon ?tait assassin? ? New York. J’ai d?couvert sa chanson Imagine peu de temps apr?s, envoy?e sur cassette par ma copine de l’?poque, partie vivre ? New York l’?t? de la m?me ann?e. C’?tait une inconditionnelle des dates d’anniversaire, cela l’avait troubl?e que ce monsieur, dont on avait parl? dans tous les m?dias et tout le mois durant, soit mort le jour de mon anniversaire.

Premi?re ?cole ?

Ce devait ?tre un <> ? la rue Dr Aubry, une ?cole de quartier dont je ne me rappelle plus le nom. Allez savoir si cette structure existe encore… Ou peut-?tre ? la maison, avec mon a?n?e, qui ne cessait d’imiter notre m?re, institutrice de profession. J’?tais un peu son cobaye.

Premi?re fess?e ?

J’en ai re?u tellement – j’?tais un enfant assez turbulent, jusqu’? ce que je d?couvre les plaisirs solitaires de la lecture – que je n’en ai plus m?moire.

Premi?re honte ?

?a a d? ?tre ? l’?cole primaire. Un matin, l’?conome est entr? dans la classe et a fait l’appel des ?l?ves qui n’avaient pas pay? l’?colage. Je faisais partie des trois ou quatre d?sign?s ; on a d? ramasser nos affaires et quitter la classe.

Premier flirt ?

Une petite voisine de quartier avec qui on allait au m?me <>. Je m’arr?te l?, car je n’aime pas parler de moi.

Premier baiser ?

Premier amour ?

Premi?re fois que vous avez fait l’amour ?

Premi?re grande passion ?

Premi?re sc?ne de jalousie ?

Le mot m?me de jalousie ne fait pas partie de mon vocabulaire. De l? ? faire une sc?ne ? quelqu’un… Les tr?s rares fois o? la jalousie a essay? de pointer le bout du nez, je l’ai vite remise ? sa place.

Premi?re bagarre ?

Tr?s t?t, comme pour beaucoup de jeunes Ha?tiens qui tra?naient dans la rue avec les copains et jouaient au foot. Il y en a eu tellement. J’ai d? arr?ter en classe de 3e, quand j’ai commenc? ? m’int?resser ? la litt?rature et plus s?rieusement aux filles.

Premier po?me ?

Je devais ?tre en classe de 3e. Avec Dominique Batraville, on se croisait dans la cour du Petit s?minaire Coll?ge Saint-Martial. La m?me ann?e, il avait publi? son premier recueil de po?mes en cr?ole, Boulpik. Cela m’a encourag? ? continuer, mais je n’ai montr? mes textes ? personne, pas avant longtemps en tout cas. J’habitais le m?me quartier que Saint-John Kauss, mon a?n? de plus de quatre ans, qui allait lui aussi en classe au S?minaire et qui avait d?j? publi? deux ou trois recueils de po?mes. C’est ainsi que j’ai pu fr?quenter d’autres po?tes comme Christophe Charles, Alix Damour, Marie-Laurette Destin, Marie-Marcelle Ferjuste, Margareth Lizaire…

Premier texte ?crit ?

?a a ?t? le premier po?me, que je n’ai jamais publi?, heureusement. Il ?tait dans la veine de ce que j’?crirais pendant cette p?riode, des textes engag?s, un peu surr?alistes…

Premier texte publi? ?

Je ne m’en souviens vraiment pas. Mais je me rappelle avoir commis l’erreur de publier un recueil ? l’?ge de dix-neuf ans. Heureusement que c’?tait sous pseudo.

Premi?re lecture d’un texte ?crit par vous ?

L? aussi, aucune m?moire.

Premi?re fois sur sc?ne ?

En philo, pour une mise en espace de Mon pays que voici d’Anthony Phelps. C’?tait lors de la f?te de Saint-Thomas d’Aquin, la fameuse <>. J’avais r?ussi la prouesse de dire tout le texte par coeur. J’en ai oubli? une bonne partie depuis.

Premier dipl?me ?

Le certificat d’?tudes primaires, bien entendu. A l’?poque, on annon?ait les r?sultats ? la radio. M?me si j’ai toujours ?t? un bon ?l?ve, il y avait un peu de stress. Imagine la honte si ton nom ?tait rest? <>, comme on disait. Tout le quartier l’aurait su.

Premi?re voiture ?

La seule et unique : une Renault 18 TL beige. Je devais avoir entre vingt et un ans et vingt-deux ans. Depuis, je n’en ai pas eu d’autres. J’ai la chance de vivre et d’avoir v?cu dans des villes o? poss?der une voiture n’est pas n?cessaire. J’en loue quand j’en ai besoin.

Premier travail ?

J’ai deux souvenirs en t?te : un travail d’animateur ? Radio Port-au-Prince, en compagnie, entre autres, de Smoye Noisy, un ancien camarade de classe, et d’autres amis de la troupe de th??tre de Fr?d?ric Surpris. Un poste de professeur de fran?ais au s?minaire, en classes de 6e et de 4e. ?a m’avait fait tout dr?le de me retrouver dans les m?mes salles o? j’avais fait mes ?tudes secondaires, mais dans un autre r?le.

Premier gros chagrin ?

Quand j’ai quitt? le premier quartier de mon enfance, disons plut?t le deuxi?me, car de z?ro ? un an, j’ai v?cu l? o? je suis n?, ? la rue de l’Enterrement (rebaptis?, par la dictature, rue de la R?volution ? l’?poque). Je n’en ai gard?, bien s?r, aucun souvenir. Puis de un ? cinq ans, cinq ans et demi, j’ai v?cu ? Bel-Air, avant que la famille ne se transf?re ? Delmas. J’aurais d? ?tre heureux, puisqu’on emm?nageait dans une maison plus grande, avec une cour bois?e, o? l’on pouvait m?me jouer au football. Mais mes amis, mon paysage affectif et la vue sur la mer me manquaient. La s?paration a ?t? si brutale (vous vous imaginez bien qu’on ne m’a pas demand? mon avis) et si pr?gnante que j’en ai fait mon premier roman : Le crayon du bon dieu n’a pas de gomme.

Premier mariage ?

Je l’ai ?t? une fois ; ?a me suffit largement.

Premi?re infid?lit? ?

Je n’ai jamais con?u, m?me quand j’?tais plus jeune, l’amour en termes de possession, ce qui autoriserait ? utiliser les notions de fid?lit? ou d’infid?lit?. Je n’appartiens ? personne, et personne ne m’appartient.

Premi?re prison ?

J’ai eu la chance de ne conna?tre ni la prison ni l’exil.

Premier exil ?

Premier succ?s litt?raire ?

?a d?pend de ce que l’on nomme succ?s. Si l’on pense en termes de <> et m?me de traduction en langues ?trang?res, je dirais mon deuxi?me roman : L’Autre Face de la mer, paru en 1998 aux ?ditions Stock. Si l’on pense en termes de succ?s de librairie, je dirais plut?t Avant que les ombres s’effacent, paru en 2017 aux ?ditions Sabine Wespieser. Toutefois, avant L’Autre Face de la mer, j’ai ?t? pensionnaire de la Villa M?dicis ? Rome, en r?sidence d’?criture ? J?rusalem… Entre les deux, j’en ai publi? d’autres, qui ont m?me re?u des prix consid?r?s comme prestigieux comme le Prix RFO du livre, ou le Prix Casa de las Am?ricas…

Premier prix d?croch? ?

Grand prix de po?sie de la ville d’Angers. J’avais 24 ans. J’?tais ?tudiant ? Nancy, en Lorraine, dans l’est de la France. Un jour, dans les couloirs de la fac de lettres, je vois une affiche qui pr?sente un double concours de po?sie pour les moins et les plus de 25 ans. C’?tait ma premi?re ann?e en France. En tant qu’?tudiant ?tranger, hors Union europ?enne, je n’avais pas le droit de travailler, m?me ? mi-temps, pour financer mes ?tudes. Je vivais avec le peu d’argent amen? d’Ha?ti. J’ai tout de suite ?t? attir? par les <>, car la r?compense ?tait de dix mille francs, ? peu pr?s mille cinq cent deux dollars. J’ai vite fait le compte : cela ?quivalait ? trois, quatre mois de vie pour moi. Je me suis donc inscrit au concours, j’ai envoy? par la poste, comme cela se faisait ? l’?poque, mon texte et le soleil se souvient. Trois mois plus tard, je re?ois un courrier qui me dit que je fais partie des trois finalistes, avec invitation, tous frais compris, ? Angers pour la c?r?monie de remise du prix. Et l?, ? ma grande surprise, le prix m’a ?t? attribu?.

Premi?re conf?rence ?

Premier Livres en folie ?

Je ne m’en souviens pas tr?s bien. J’ai en t?te le <> de 2012, o? j’avais ?t? invit? avec Edwidge Danticat et d’autres ?crivains de la diaspora.

Premier salon du livre ?

Premi?re pol?mique ?

Les pol?miques ne m’ont jamais int?ress?. Chacun(e) est libre de penser ce qu’il/elle veut. Libre ? moi de ne pas partager son opinion. Je suis adepte du <>.

Votre couleur pr?f?r?e ?

Gris clair.

Votre lieu de vacances pr?f?r? ?

Votre plat pr?f?r? ?

Spaghetti alle vongole veraci. Des spaghetti aux palourdes. A l’origine, il s’agit d’un plat de p?cheurs, assez simple ? pr?parer, mais qui reste un sommet de la gastronomie. Tout ce qu’il faut, ce sont des palourdes fra?ches, une gousse d’ail, un verre de vin blanc sec, de l’huile d’olive, quelques branches de persil plat. Sans oublier, bien s?r, les spaghetti cuits al dente. On peut y ajouter un piment oiseau, pas trop pour ne pas alt?rer le go?t, et/ou quelques tomates cerise, ? la derni?re minute. Et le tour est jou?.

Votre dessert pr?f?r? ?

J’h?site entre la tarte au citron, sans meringue, et la tarte aux amandes.

Votre sport pr?f?r? ?

En bon Ha?tien, ?a ne peut ?tre que le football. J’y ai jou? toute mon enfance, et jusqu’? l’?cole normale sup?rieure. Imaginez ma joie quand j’ai eu la chance de disputer deux ou trois matchs au stade Sylvio Cator, le dimanche matin, dans le cadre du championnat universitaire. J’avais l’impression de jouer la Coupe du monde. Le souvenir, malheureux, que j’en ai gard?, c’est d’avoir rat? un but tout fait contre l’?cole d’agronomie.

Votre boisson pr?f?r?e ?

Une bi?re bien fra?che, l’?t? ; le rhum, le reste du temps. A d?faut de rhum, je ne crache pas sur un bon cognac.

Votre musique pr?f?r?e ?

Il y en a tellement. S’il faut en choisir une seule, je dirais <> de John Lennon. A la fois ? cause de la fausse simplicit? m?lodique et de l’utopie du texte. D?s les premi?res notes de piano, on est embarqu? dans quelque chose de m?lancolique, de tr?s entra?nant, et l’id?e d’une plan?te sans fronti?res, sans guerre, ?a me parle. Dans la m?me veine, pour rester en Ha?ti, je dirais <> de Manno Charlemagne.

Votre chanteur pr?f?r? ?

Celui dont je connais la quasi-totalit? des chansons par coeur depuis mon adolescence : Jacques Brel. J’ai tous ses disques, en vinyle et en CD, la plupart des biographies qui lui sont d?di?es. Certains de ses textes sont de v?ritables po?mes. Lors de mon premier voyage en Europe, il y a longtemps d?j?, je devais aller en France, j’ai pr?f?r? prendre un vol New York/Bruxelles. A l’arriv?e, j’ai saut? dans un taxi et j’ai fil? direct ? la Fondation Jacques Brel. Il a chant?, pleur? tellement bien les m?saventures amoureuses de l’homme. Son chef-d’oeuvre <> a ?t? repris dans toutes les langues et tous les styles musicaux du monde.

Votre groupe musical pr?f?r? ?

<>, la seule diff?rence, qui a revisit? le konpa avec grand talent. J’ajouterais un autre : Z?kl?, qui a apport? un son nouveau par rapport au konpa. Question de g?n?ration, sans doute.

Votre p?ch? mignon ?

?couter du jazz ou des bol?ros en espagnol dans le noir, en sirotant du rhum. Les bol?ros, le soir, c’est un h?ritage de mon enfance, du temps (1972-74) o? j’?coutais l’?mission <> de Lucien Anduze sur Radio Ha?ti.

Votre livre pr?f?r? ?

Il y en a tellement, mais s’il ne faut en citer qu’un, je dirai : La Bible, mieux, l’Ancien Testament. ?a peut ?tonner, venant d’un agnostique comme moi. Ce livre, qui en compte ? la v?rit? plusieurs, est la somme de toutes les histoires, d’une richesse ? la fois de th?mes et de styles. On y trouve des r?cits de guerre, de fraternit?, d’amour, d’anticipation, de science-fiction, m?me des po?mes ?rotiques…

Votre roman pr?f?r? ?

L? aussi, il y en a beaucoup. Entre les grands Russes, d?couverts ? l’adolescence, et les Hispano-Am?ricains du Boom, mon coeur balance. Allez, je dirai Their Eyes Were Watching God, de l’?tasunienne Zora Neale Hurston, traduit en fran?ais une premi?re fois sous le titre abscons d’Une femme noire, puis repris r?cemment sous le titre Mais leurs yeux dardaient sur Dieu, avec un <> tout aussi incompr?hensible. L’auteure fait montre d’une ma?trise absolue de la langue, plut?t classique pour la narration, et inventive, proche du parler populaire des Noirs, pour les dialogues. Un v?ritable chef-d’oeuvre.

Votre film et r?alisateur pr?f?r? ?

Il ?tait une fois la r?volution (Gi? la testa, en italien), de Sergio Leone. L? aussi, il y a tout : l’utopie de la r?volution, une histoire d’amour et d’amiti?, une narration qui te tient en haleine, l’humour, l’engagement politique, la technique extraordinaire d’un r?alisateur, Sergio Leone, au sommet de son art, avec des gros plans ? couper le souffle… Sans oublier des acteurs fabuleux comme James Coburn et Rod Steiger, les seconds r?les ne sont pas en reste non plus, un casting hors du commun, vraiment. Le tout est port? par la musique ?poustouflante du maestro Ennio Morricone.

Vos acteurs pr?f?r?s ?

Entre actrices et acteurs, il y en a une flop?e. Je vais me faire plaisir, et citer celles et ceux des westerns de mon enfance. Gian Maria Volont?, Giuliano Gemma, Sam Peckinpah, Eli Wallach, Yul Brynner, Franco Nero, Raquel Welch, Charles Bronson, Gina Lollobridgida, Jim Brown…

Votre plage pr?f?r?e ?

Votre cachette pr?f?r?e ?

Un petit village dans les Abruzzes, en Italie.

Votre ville pr?f?r?e ?

Le Port-au-Prince de mon enfance, qui n’existe plus. Et s’il faut choisir une ville non fantasm?e, je dirai une ville moyenne, quelque part en Italie, o? j’ai pas mal v?cu, et avec laquelle j’ai de fortes attaches.

Th? ou caf? ?

Th?, d?finitivement.

Les questions que l’on ne vous pose jamais ?

Les questions auxquelles vous ne voulez jamais r?pondre ?

Il y en a une que je d?teste par-dessous tout : <> D’abord, j’ai horreur de parler de moi. En plus, cela me laisse l’impression – c’est malheureusement souvent le cas – que le ou la journaliste n’a pas fait le travail en amont avant de t’interviewer. Cette paresse me coupe l’envie de faire l’interview.

Les questions que vous auriez aim?es que l’on vous pose ?

Aucune.