Tuer des dollars pour sauver la gourde

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La Banque de la R?publique d’Ha?ti (BRH) avait donn? rendez-vous ? la presse ce lundi 22 ao?t dans sa salle de Convention.

Apr?s avoir privatis? une partie de la rue du Quai, la Banque centrale a pos? des barri?res au terminus de la rue Pav?e. Cette disparition des commerces dans ce tron?on autrefois achaland? du bas de la ville est un r?sum? de la disparition du centre-ville de la capitale.

Sous une hauteur sous plafond de pr?s de dix m?tres, le d?cor de la rencontre avec la presse ?tait pos?. Au milieu de la salle, un immense 43, qui rappelle l’?ge de la banque, permet de partager ?galement sur une longue table, les cinq membres du conseil d’administration de la Banque des banques. Grandeur et g?om?trie sont au rendez-vous.

Si on est loin de l’odeur de c?dre qui caract?risait les anciens locaux de la Banque nationale de la R?publique d’Ha?ti, scind?e en Banque nationale de Cr?dit (BNC) et en BRH en 1979, deux immenses photos retra?ant la gloire perdue du quartier du Bicentenaire, la fameuse cit? de l’exposition du temps du pr?sident Dumarsais Estim?, attirent l’attention. Les deux affiches font de la publicit? pour le pass?, pour un temps r?volu, pour une nostalgie mal entretenue.

A suivre la conf?rence de presse, on a vite compris que la BRH court apr?s le pass?. Celui de la gourde. De la gourde forte.

Sans pr?senter de bilans ou des ?tudes sur les avantages des mesures pass?es, sans pr?senter des pare-feux pour ?viter les contournements, la conf?rence de ce 22 ao?t 2022 ?tait en tout point pareil avec celle du 7 ao?t 2020 et de beaucoup d’autres de plusieurs conseils de la BRH comme ? chaque fois que la monnaie nationale franchit un palier jug? inqui?tant.

Le constat de l’?tat d?faillant de l’?conomie ha?tienne est tout aussi catastrophique qu’il y a deux ans. Les menaces contre les banques et la sp?culation sont pareilles, la situation internationale s’est, elle aussi, d?grad?e. Les mesures annonc?es pour renforcer artificiellement la gourde sont similaires ? celles qui avaient r?ussi en 2020.

En un mot : la BRH va d?verser sur le march? des changes entre 100 et 150 millions de dollars pour calmer les app?tits de l’?conomie ou celui des sp?culateurs. On va tuer des dollars pour sauver la gourde.

Autour de cet autodaf? mon?taire est attendu un miracle qui fera mentir d’ici quelques semaines tous les mauvais indicateurs. Et la gourde ha?tienne va battre le dollar am?ricain.

Encore une fois, le pays va utiliser une bonne partie de ses r?serves de change pas pour produire, exporter et faire baisser prix et inflation ; pas pour investir et cr?er des emplois, pas pour renforcer l’agriculture ou un autre secteur de l’?conomie ; pas pour am?liorer la comp?titivit? nationale ; pas pour attirer des investisseurs ?trangers ou des touristes ; pas pour app?ter la diaspora et son ?pargne ; pas pour gagner des points de croissance. Non.

Encore une fois, on va corriger artificiellement les d?sordres engendr?s ces derniers mois, corriger les indicateurs avant la fin de l’exercice fiscal le 30 septembre et permettre aux ” intelligents” de se refaire ou de faire un p?cule sans risque.

Au passage, tous ceux qui, ces derni?res semaines et ce lundi matin — pendant que la BRH pr?sentait ses mesures — achetaient au taux fort des dollars vont perdre de l’argent. De l’?pargne — dans un pays dollaris? ? plus de 60 % — va fondre comme beurre au soleil. L’?conomie va recevoir un nouveau choc sans b?n?fice r?el sinon une appr?ciation de la valeur de la gourde pour faire grimper les importations.

S’il y a des menaces, il n’y a pas d’annonce pour limiter la tentation de vendre des dollars sur le march? informel. Il n’y a eu ce lundi aucune annonce de changement majeur dans les politiques qui fragilisent la gourde. Il n’y a m?me pas eu un appel ? avoir confiance en aujourd’hui ou de l’espoir pour demain. Honn?tes, les banquiers centraux ne proposent que de br?ler des dollars comme seule parade pour renforcer la gourde. Les autres solutions sont hors de port?e.

La BRH a sans doute ses raisons que la raison ignore, pour resservir les m?mes rem?des d’il y a deux ans au malade Ha?ti. Les agents ?conomiques ont sans doute beaucoup ? se faire pardonner pour se courber devant de si improductives politiques ? r?p?tition.

Ce qui a chang? par rapport de la situation d’il y a deux ans c’est que pays a perdu son pr?sident, une bonne partie de ses institutions ne sont plus fonctionnelles, des pans du territoire national ?chappent au contr?le des autorit?s, les r?serves de change sont au plus bas et la confiance en l’avenir fout le camp.

Acheter — pour quelques semaines, mois ou ann?es — la sensation que la gourde est forte n’a cependant pas de prix sauf que la politique de changes comme elle est con?ue ne pr?pare pas le pays aux d?fis de demain mais l’encourage ? courir apr?s son pass?… comme les belles photos de la salle de conf?rence du Convention center de la BRH ne vendent pas la foi dans un futur prometteur.

En ?conomie, comme ailleurs, s’agripper au pass? demeure notre principal rem?de depuis la geste de 1804.

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