Une dette trop lourde ? porter pour la jeune Ha?ti

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Le calcul de l’indemnit?

Le gouvernement de Charles X, en 1825, avait demand? une indemnit? de 150 millions de francs <>. Comment avait ?t? fix? ce chiffre de 150 millions qui s’av?ra par la suite une dette trop lourde ? porter pour la jeune Ha?ti et qui pratiquement arr?ta le d?veloppement de son ?conomie d?j? ?puis?e par la guerre de l’Ind?pendance ?

Les Fran?ais s’?taient appuy?s sur les chiffres des exportations de l’ann?e 1823, chiffres qui leur avaient ?t? fournis, para?t-il, par les envoy?s ha?tiens n?gociant la reconnaissance de l’Ind?pendance. Ces chiffres de 1823 indiquaient : 8,5 millions vers la France, 8,4 millions vers l’Angleterre, 13,5 millions vers les ?tats-Unis, soit 30 millions.

De ce chiffre de 30 millions, ils d?duisirent 15 millions, soit la moiti?, comme repr?sentant le co?t de production des biens export?s. Le revenu net des exportations s’?tablissait ainsi ? 15 millions.

On fit ensuite application d’une r?gle fran?aise ancienne qui voulait que la valeur des biens-fonds, dans les colonies, se calcul?t sur les 10 ann?es de revenus. On obtenait donc 150 millions de francs pour la valeur des terres de Saint-Domingue, et l’on faisait observer que ce chiffre ?tait mod?r?, puisqu’il ?tait ?quivalent au produit net des exportations de la seule ann?e 1789 : 149 664 799 francs. (Robert Lacombe, Histoire mon?taire de Saint-Domingue et de la R?publique d’Ha?ti jusqu’en 1874, Larose, Paris, 1958)

Il faut dire qu’? cette ?poque, en France et en Angleterre, circulaient d’extravagantes rumeurs au sujet de la richesse d’Ha?ti. D’une part, faussement il ?tait couramment rapport? en Europe que le roi Christophe avait laiss? 250 millions de francs dans son tr?sor ; d’autre part, l’annexion de la partie de l’Est donnait ? Ha?ti les anciennes mines d’or du Cibao. En 1825, une compagnie anglaise offrit au gouvernement ha?tien de les prospecter et de les exploiter en compte ? demi.

En fait, Boyer n’avait pas recueilli, semble-t-il, plus de 10 millions de francs du tr?sor de Christophe, le reste ayant disparu lors du pillage de Sans-Souci. Quant aux mines du Cibao, elles auraient ?t? ?puis?es par les Espagnols. Toutefois, en 1824, Ha?ti se trouvait ? nouveau menac?e ? cause de la cessation des pourparlers avec le gouvernement fran?ais qui, de plus, souhaitait r?int?grer certaines clauses qui avaient ?t? ult?rieurement en discussion en 1821. Boyer tenta alors de mobiliser l’arm?e et la population. ? court d’argent, il fit m?me des ouvertures sur l’Am?rique du Sud.

D?s la premi?re ann?e, le gouvernement du pr?sident Boyer comprit-il qu’il assumait un fardeau trop lourd. Le paiement de la premi?re annuit?, ? l’?ch?ance du 31 d?cembre 1825, fut assur? partie en esp?ces (5,3 millions), partie avec un emprunt forc? de 24 millions, souscrit aupr?s d’un syndicat de banquiers parisiens dont le chef de file ?tait le banquier Laffite.

Dans un m?moire du 19 janvier 1828, adress? au ministre des Affaires ?trang?res, le comte de la Ferronnays, Laffite, insistait sur l’impossibilit? pour Ha?ti de payer les quatre annuit?s de 30 millions de 1826, 1827, 1828 et 1829. Il mentionnait que, pour les <> ? l’exc?dent budg?taire d’Ha?ti n’avait atteint qu’une moyenne de 74 233 gourdes par an, selon les Archives du Minist?re fran?ais des affaires ?trang?res, correspondance politique d’Ha?ti, vol. II, notes de lecture communiqu?es par Manigat.

<> (Ant?nor Firmin, 1905) D?s le premier versement de 30 millions, le gouvernement ha?tien dut contracter ? Paris un emprunt de 25 millions.

En effet, la nation ha?tienne, de par sa guerre in?dite contre l’Occident colonialiste, ne pouvait ?tre satisfaite de cette d?cision du pr?sident Boyer. Cette affaire d’indemnit? devint une v?ritable gangr?ne qui allait emp?cher le d?veloppement ?conomique, social et politique d’Ha?ti, la m?re de la libert?.

La r?volution ha?tienne repr?sentait le premier exemple victorieux d’une population dans l’esclavage qui forgea sa libert?. C’?tait la premi?re fois dans l’histoire de l’humanit? que des ?tres humains r?duits ? un tel ?tat d’ab?tissement se soulevaient victorieusement, r?veillaient la conscience noire et form?rent une nation ind?pendante, instaurant ainsi la philosophie des mouvements de lib?ration. La r?volution ha?tienne appartient ? l’histoire universelle, car elle repr?sente le seul soul?vement r?ussi d’esclaves dans toute l’histoire de l’humanit?.

La r?volution ha?tienne peut donc ?tre ?voqu?e partout o? il est question de lutte pour la libert?, de droit ? l’existence, de justice, de dignit?, et tant d’autres concepts, y compris la construction d’une humanit? plus ?galitaire. Elle avait comme corollaire, d’une mani?re universelle, de faire dispara?tre les pr?jug?s bas?s sur une antiscientifique sup?riorit? raciale et de renverser l’ordre ?conomique mondial qui reposait sur la vente et la traite d’?tres humains. De ce fait, la r?volution ha?tienne exprime, fondamentalement, le rejet des opprim?s vis-?-vis de leurs oppresseurs, le droit ? la libert?, le droit ? la vie, l’?galit? de tous les hommes, la cr?ation d’une nouvelle civilisation, et tant d’autres perspectives plus justes et plus humaines.

La r?volution ha?tienne servit en tant que force inspiratrice pour les opprim?s ? travers les Am?riques au prime abord. Dans une p?riode de guerre r?volutionnaire, l’?tablissement de la premi?re r?publique noire ?tait d’une importance capitale. La signification fondamentale de la r?volution ha?tienne est qu’elle a d?fendu les acquis de la R?volution fran?aise contre la France elle-m?me. Pr?cis?ment, le fait que Saint-Domingue, ci-apr?s Ha?ti, faisait partie d’un espace commercial vital pour la France, la question de l’universalit? des droits de l’homme et du citoyen avait anim? les d?bats ? Saint-Domingue et ? Paris.

Dans ce sens, la r?volution ha?tienne avait alors affect? les discussions sur les significations de libert? et de citoyennet? dans le monde. Bien qu’Ha?ti ne f?t pas la premi?re nation ind?pendante des Am?riques, elle fut la premi?re ? garantir la libert? civique ? tous.

A cet ?gard, la place de la r?volution ha?tienne permet de questionner, de mettre ? l’?preuve, d’accentuer les questions de l’esclavage et de la citoyennet?, de diff?rences culturelles et de l’universalit? des droits humains.