Une journee avec les refugies expulses des Etats-Unis

A Mais-Gate ce vendredi il est 11h37. Un manteau de poussiere, provoque par le passage des vehicules, embrasse la zone. Devant les grilles de la barriere principale du salon diplomatique de l’aeroport international Toussaint Louverture, plus d’une dizaine de personnes rongent leur frein. Ils sont tous des migrants, expulses par les Etats Unis en Haiti. Ils viennent recuperer leurs passeports, retenus par les autorites haitiennes pour enregistrement. En plus de ce document de voyage, certains esperent egalement obtenir les fonds promis par les autorites. C’est le cas de Mirlaine, dans la trentaine avancee, visage blafard, qui tient avec elle sa fille de deux ans. <>, s’est plaint l’originaire de Gros-Morne.

Plus les minutes s’ecoulent, plus la tension monte. Ils s’epoumonent, crachent leur colere, leur desespoir. Ils tentent de penetrer l’enceinte de l’aeroport a chaque fois que la barriere automatique s’ouvre. Des agents de la police nationale tentent de les contenir. Au milieu de ce tohu-bohu, Nelfa tente de se faire entendre. Il essaie d’aider un ami angolais, Belone Mpembele, renvoye a tort en Haiti parce qu’il a ete percu comme un Haitien. <>, explique Nelfa. Le malchanceux angolais a pu finalement rencontrer un agent de l’OIM qui s’est penche sur son cas.

11h47. Un premier avion transportant des migrants atterrit. Des employes de l’ONM et de l’OIM s’activent. En quelques minutes, quelques dizaines de personnes debarquent d’un autobus et se dirigent sous des tentes installees sur la cour. Des hommes, des femmes, des jeunes, des enfants, des bebes, la composition est mosaique. Ils ont l’air epuises et abattus, nerveux. Ils ont toutefois l’air apaises quand ils apercoivent des pancartes, brandies par des jeunes, sur lesquelles sont ecrits des messages d’encouragement. Ils hochent la tete, glissent un petit sourire, ou font un signe de la main, apres avoir lu les messages.

L’initiative a ete prise par la Societe haitienne de sante mentale. Selon le president de cette societe, Wilcox Toyo, l’objectif est de fournir un appui moral et un soutien psychologique aux migrants. <>, explique Wilcox Toyo.

Sous les tentes, les employes de l’Office national de la migration (ONM) et ceux de l’Organisation internationale de la migration (OIM) enregistrent les nouveaux arrives. Certains crachent leur colere et denoncent le comportement des autorites haitiennes dans la crise migratoire. D’autres racontent leur periple et le mauvais traitement dont ils ont ete victimes. <>, raconte une quadragenaire.

Ceux qui n’ont pas de parents a Port-au-Prince sont conduits dans un hotel. Les autres doivent contacter leurs proches pour enfin obtenir un toit ou dormir apres ce periple ereintant de plusieurs semaines. Pour cette categorie de personnes, un telephone pour placer un appel est un sesame. C’est le cas de Patchouko qui a demande de l’aide une fois sorti de l’autobus. <>, plaide Patchouko. 1h30 plus tard, le cousin debarque pour recuperer Patchouko. Les deux se saluent, s’etreignent pendant de longues minutes. La foret tropicale Darian, le pont Del Rio, les cowboys texans, sont dans les memoires. Des retrouvailles chaudes pour oublier l’horreur. Momentanement.