Vers le Cap

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Il est midi. Carrefour de l’a?roport. Les bruits des marchands ambulants, le brouhaha de la foule, la p?tarade des motos et la voix des b?f chenn qui h?lent les passagers animent la zone. Nous sommes comme au milieu du march? de la Croix-des-Bossales. Les rues sont encombr?es de voitures, de tables, de brouettes, de <>, de <>. Des produits alimentaires, des v?tements, des ustensiles de cuisine, etc. L’?talage se fait p?le-m?le sur la chauss?e. Je m’installe dans un minibus qui embarque pour le Cap-Ha?tien. Le trajet co?te 2 500 gourdes.

Alors que j’attends le d?part du bus en attendant les derniers passagers des marchandes proposent des bonbons, des boissons gazeuses et des accessoires ?lectroniques. J’ach?te une bouteille d’eau fra?che. Quand je voyage et que je dois emprunter l’entr?e du sud de Port-au-Prince, la tristesse est visible sur le visage des passagers. Vers le Nord, c’est diff?rent. Les passagers blaguent. Le chauffeur est calme. On n’est pas press?. Apr?s plus d’une heure, le bus est plein ? craquer. On d?marre sans encombre. Le chauffeur quitte la ville en passant par la route de l’a?roport. <>, demande une dame. Silence. Un silence pesant, incertain. L’inqui?tude monte. <>, r?pond le chauffeur. Ce n’est pas par Martissant, mais le trajet ne sera pas de tout repos.

Au Morne ? Cabrit, les gangs ran?onnent les chauffeurs et les passagers, d’o? l’inqui?tude de la dame. Notre minibus bifurque vers Lilavois et d?bouche sur Beudet. Mis ? part des chuchotements, le crissement des freins et le sifflement du vent, ? l’int?rieur du minibus, c’est le calme plat. Les passagers regardent la route d’un oeil inquiet. Le chauffeur, pour briser la glace, rassure. <>, dit-il. Une grande dame assise ? c?t? du chauffeur r?torque: <>.

Si ? Martissant on ne peut pas parler au t?l?phone quand on est dans un bus, au morne ? Cabrit il y a moins de restriction. Du Morne ? Cabrit ? Saint Rapha?l, les marchandes d’essence occupent la chauss?e. Chaque carrefour, une pile de bouteilles et de gallons d’essence. La majorit? des stations sont ferm?es.

Je rencontre une jeune dame dans le minibus. Elle est de La Gon?ve et s’appelle Shelda*. Elle me montre la photo de son enfant. <>, me dit-elle. Et Shelda n’a pas de m?tier. Ses v?tements et sa valise en disent long sur sa situation. Elle me confie qu’elle va au Cap-Ha?tien pour la premi?re fois. Le lendemain tr?s t?t, elle va ? en R?publique dominicaine. Ill?galement. Elle va chercher un mieux-?tre. Son t?l?phone sonne. Elle enregistre “Pas?’ (passeur) pour le contact. Le passeur lui demande ? chaque fois o? elle se trouve. J’ai oubli? de demander ? Shelda combien elle paie pour ce voyage.

J’arrive vers neuf heures ? la barri?re Bouteille. La zone est dans le noir. Les taxis sont rares. Je marche un peu dans la ville sombre pour d?gourdir mes jambes. Les bars, les restaurants sont presque vides. Je commande une bi?re ? La D?tente. Je suis ?tonn? de la tranquillit? de la ville. On n’aurait pas dit que le festival PAPJAZZ allait commencer le lendemain ici. J’en parle ? la serveuse. <>, m’explique-t-elle. Il est minuit. Je marche dans les rues du Cap-Ha?tien. Je n’ai pas peur. Je profite de la nuit. Elle est si paisible. Je marche dans la ville. Et la ville marche en moi. L’odeur de la mer, la brise, le bruit de l’oc?an. Tout ceci me rend heureux. Mais je pense ? Shelda. Son histoire me pince le coeur.

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