Vivre l’effondrement de l’Etat

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Hier les deplaces de Martissant, aujourd’hui ceux de la Plaine du Cul-de-Sac. Alors que l’Etat haitien n’a pas pu debloquer l’entree Sud de la capitale depuis environ un an, il doit faire face aujourd’hui a une situation similaire au Nord de Port-au-Prince. Depuis plus de huit jours, les habitants de la Plaine du Cul-de-Sac perdent leur droit de vaquer librement a leurs activites. Les ecoles sont contraintes de fermer leurs portes. Les activites economiques dans la plupart des quartiers de la commune de la Croix-des-Bouquets sont au point mort. L’Etat qui, en theorie, a le monopole de la violence, a failli a sa mission de proteger les vies et les biens. La population est a la merci des gangs qui ne se cachent plus.

Si la police dit etre a pied d’oeuvre pour reprendre le controle de la situation, les faits prouvent tout le contraire. Meme les gangs dans leurs declarations publiques reconnaissent qu’ils se substituent a des autorites inexistantes. Personne n’ose les dementir. D’ailleurs, il est un fait que les groupes armes gagnent la bataille de la communication a chaque nouveau conflit.

L’image des deplaces de Martissant, l’abandon de la route nationale # 2 au niveau de Martissant aux gangs armes, la situation en Plaine du Cul-de-Sac cette semaine traduisent un fait: la faiblesse de l’Etat. On dit faiblesse de l’Etat pour etre clement, mais on pourrait dire tout simplement l’inexistence de l’Etat. Le paradoxe, il y a des autorites en place, mais l’Etat n’existe plus. D’ailleurs, il n’y a aucune obligation de resultats pour nos autorites. Les postes ont des privileges, sans responsabilite.

Si la situation est telle qu’elle est sur la route de Martissant et en Plaine du Cul-de-Sac, il y a cependant un Conseil superieur de la Police nationale en place. Le pays a un gouvernement avec un ministre de l’Interieur et un ministre de la Justice en poste. Se sentent-ils coupables de la deterioration des conditions securitaires a travers le pays?

En parlant de la justice, le 28 avril a marque le 20e mois de l’assassinat du batonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, Me Monferrier Dorval. 20 mois apres, la justice est-elle sur le point de faire la lumiere sur ce dossier? En attendant la reponse des autorites judiciaires, on doit souligner que la justice haitienne est comme a l’arret ces derniers jours. La Cour de cassation est aujourd’hui dysfonctionnel et les greffiers sont en greve depuis pres d’un mois. Cette justice qui se bat pour sa survie oublie sans doute s’il y a un dossier Monferrier Dorval a traiter. Et un dossier Jovenel Moise. Et mille autres dossiers.

Quel autre signe que nos autorites ont-elles besoin pour reconnaitre ou accepter la faillite des institutions et l’effondrement de l’Etat?