? vos plumes pour un concours d’apprentis-critiques

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Le Nouvelliste : Tous les ans, il en pleut des livres en Ha?ti. Livres en folie est un carrefour par o? circulent une centaine de nouveaux livres chaque ann?e. Mais ce qui manque cruellement dans nos m?dias ce sont les critiques litt?raires. Or, n’est pas critique qui veut. C’est un m?tier. Une expertise. Est-ce dans le contexte d’une telle absence que le minist?re de la Culture et de la Communication organise ce concours d’apprentis-critiques ?

Emmelie Proph?te : Oui, c’est un maillon qui manque cruellement dans la cha?ne. Ils sont tr?s rares ceux qui produisent des critiques sur les livres. Il en sort beaucoup chaque ann?e en Ha?ti, ? l’occasion de Livres en folie particuli?rement comme vous l’avez soulign? dans la question, et c’est une vraie injustice que certains de ces livres passent inaper?us ; nous nous sommes dit au minist?re de la Culture et de la Communication que l’?t? ?tait le moment appropri? pour les lecteurs et lectrices, ?g?s entre 17 et 25, de s’essayer ? la critique, de produire des textes qui prolongent les livres et donnent envie aux autres de les lire aussi.

Le Nouvelliste : Que vise ce concours du minist?re de la Culture et qui peut y prendre part ? Notons aussi le temps de ce concours.

Emmelie Proph?te : Ce concours vise ? trouver des personnes susceptibles de produire un texte critique sur un livre. Il est ouvert aux 17 ? 25 ans, sur tout le territoire national. Nous cherchons de nouveaux souffles, de nouvelles vues, des personnes capables de donner envie aux autres, qui souhaitent, apr?s ce concours, continuer ? nourrir les pages du journal Le Nouvelliste de leurs textes mais aussi ceux de nos autres partenaires dans le cadre de ce concours qui sont le journal Le National et le site en ligne Juno 7.

Le corpus d’oeuvres propos?es par le MCC

Le Nouvelliste : Vous avez dit entre 17 et 25 ans. Ces jeunes peuvent produire sur une oeuvre choisie dans un corpus pr?sent? par le MCC. Quel est ce corpus d’oeuvres propos?es aux apprentis-critiques ?

Emmelie Proph?te : Nous avons choisi quatre titres de Jacques Stephen Alexis – nous sommes dans l’ann?e de La Belle Amour Humaine jusqu’au 31 d?cembre de cette ann?e – ce sont, Comp?re G?n?ral Soleil et L’espace d’un cillement, Les arbres musiciens et Romancero aux ?toiles ; Milwaukee Blues de Louis Philippe Dalembert, La r?colte douce des larmes d’Edwige Danticat ; Hadriana dans tous mes r?ves de Ren? Depestre ; L’odeur du caf? de Dany Laferri?re ; Saison sauvage de Kettly Mars ; Gouverneurs de la Ros?e de Jacques Roumain.

Des primes ? gagner

Le Nouvelliste : ? propos des primes ? gagner. Venons ? cet aspect important.

Emmelie Proph?te : C’est un concours un peu particulier, les auteurs des 10 textes les plus remarquables recevront des tablettes, mais nous souhaitons publier d’autres textes de ceux que nous recevrons, les auteurs seront r?mun?r?s selon les tarifs pratiqu?s par nos m?dias partenaires pour les textes pour lesquels acceptent de contributeurs ext?rieurs.

Le Nouvelliste : Combien d’apprentis-critiques le MCC compte-t-il r?compenser ?

Emmelie Proph?te : Nous avons pens? ? une trentaine, tout en esp?rant qu’il y aura plus d’une trentaine de bons textes.

Le Nouvelliste : Quelles sont les modalit?s de r?alisation de ce concours ?

Emmelie Proph?te : Les personnes int?ress?es peuvent envoyer leurs textes du 5 ao?t au 5 septembre ? [email protected] Ceux dont les textes seront s?lectionn?s seront invit?s ? rencontrer le jury en ligne ou en pr?sentiel.

Le personnage de critique litt?raire, une denr?e rare

Le Nouvelliste : Vous ?tes journaliste. Dans ce m?tier en Ha?ti, les professionnels de l’information cultivent toute une vari?t? de genres journalistiques pour ne pas lasser le public. Mais en ce qui a trait ? la critique litt?raire, dans le monde de la culture, ce personnage de critique est vraiment une denr?e rare. Qu’est-ce qui explique, selon vous, cette raret? ?

Emmelie Proph?te : Nous avons vu se multiplier le nombre de publications ces 30 derni?res ann?es et curieusement s’amenuiser la critique. Notre pays a beaucoup chang?, il n’y a m?me plus d’?missions sur la culture dans les radios, alors qu’elles ?taient l?gion jusque dans les ann?es 90 ; toute la place est laiss?e ? la politique alors que la demande existe, elle est m?me tr?s forte. La politique est dans toutes les sph?res de la vie et on fait croire aux gens qu’ils peuvent exclusivement vivre de cela, quelques mauvaises perceptions et r?actions ont aussi mis ? mal la critique, les artistes et ?crivains se sont mis ? r?pondre quand ils estimaient que ce qui ?tait dit sur leurs oeuvres ne leur convenait pas, alors qu’il faut laisser en parler, accepter qu’on peut les aimer ou pas, ces attitudes ont fini par avoir raison de la critique.

Le Nouvelliste : Hier encore, au bon vieux temps, si vous voulez, les critiques ?taient nombreux en Ha?ti, autant que les p?riodiques. Vous rappelez-vous cette ?poque ? Les critiques d’art aussi ?taient tr?s pr?sents dans les quotidiens, revues, magazines de la capitale et les villes de province du pays. On est nostalgique. Ce temps pourrait-il revenir ?

Emmelie Proph?te : Nous appelons de nos voeux que ce temps revient. C’est pour cela que nous n’avons pas lanc? un concours de po?sie ou de nouvelles. Les po?tes, nouvellistes, plasticiens, cin?astes ont besoin que l’on parle de leurs oeuvres. L’un des rares papiers que j’ai lu sur le film de Gessica G?n?us, Fr?da, qui connait un parcours exceptionnel, ?tait sign? Dany Laferri?re. Il faut que nous ayons des instances de l?gitimation, des personnes autoris?es pour consacrer des oeuvres, ne plus attendre un article d’un journal ?tranger.

Emmelie Proph?te : Le minist?re de la Culture voudrait-il ressusciter un temps trop t?t disparu ?

Emmelie Proph?te : Nous voulons faire sortir de l’ombre plein de personnes qui veulent et qui peuvent parler des oeuvres. La culture ha?tienne est vivante, vibrante, il y a seulement une pause dans ce domaine-l? ; je suis certaine qu’? l’issue de ce concours nous serons ?tonn?s de voir qu’ils sont l?gion ce qui peuvent devenir des critiques.

Propos recueillis par Claude Bernard S?rant

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