W?bert Charles : <>

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Le Nouvelliste (L.N) : W?bert Charles, votre derni?re publication po?tique remonte ? 2013. Vous vous ?tes par la suite concentr? sur la critique litt?raire et sur l’?dition. Pourquoi nous revenir pr?s de 10 ans apr?s avec un recueil de po?mes ?

W?bert Charles (W.C) : Je me rappelle qu’un journaliste avait pos? cette question ? l’?crivaine Evelyne Trouillot qui avait r?pondu ? cette ?poque de mani?re g?n?rale <>. Je pense que la po?sie est une exception pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’un po?te, m?me s’il embrasse d’autres genres, finit toujours par produire de la po?sie car la po?sie est peut-?tre le seul genre litt?raire qui sait, avec aisance, se d?barrasser du carcan du formalisme. La po?sie n’est pas une forme, c’est un discours. J’ai tent?, surtout en faisant la r?cension d’oeuvres po?tiques, de restituer dans le texte critique le discours po?tique. Je me suis pos? pas mal de questions sur la posture du critique litt?raire face au po?me. Comment entrer dans le po?me dans une posture de critique litt?raire ? Tout discours sur la po?sie n’est-il pas condamn? ? ?tre po?me ? Le po?te argentin Roberto Juarroz fit dire ? Novalis que <>. Je dirai que pour sortir de cette absurdit?, il faut entrer dans le po?me. ?tre po?te.

Une autre raison non moins importante, pour moi qui est m?me essentielle, est que parfois le po?te vit une exp?rience po?tique initiatique ? la limite mystique. Le po?te se plait beaucoup ? contenir son po?me. Je vous assure que cela apporte une jouissance inou?e. De contenir et de ressentir l’effet du po?me en l’emp?chant de sortir. C’est ce que j’appelle contenir le po?me. Bonel Auguste me disait il y a quelques ann?es d?j? qu’avant d’?crire un po?me, il l’a d?j? dans sa t?te. Imaginez l’effet que cela fait de se promener avec son po?me dans sa t?te, parfois de rire sans raison, de ressentir l’?motion, de vivre des ?motions in?dites… Et il faut aussi se rappeler que personne ne cesse d’?tre po?te en arr?tant de publier. Car, bien souvent, il est dans cet ?tat jouissif. Davertige a pass? sa vie ? ressasser son oeuvre, Farah Martine Lh?risson a fait un livre absolument exquis en 1995, <> et jusqu’? sa mort n’a publi? aucun recueil de po?mes. Nous pouvons ?galement prendre l’exemple du po?te Marc Exavier qui a longtemps v?cu dans cet ?tat jouissif que j’appelle l’exp?rience po?tique qui est quelque chose d’absolument mystique et fantastique.

Le po?me apporte un ?l?ment important au monde

L.N : Tous les arbres ont un trou dans la gorge : qu’essaie de dire ce livre qui parle beaucoup d’exil, de <> et de <> ?

W.C : Vous savez, je suis un po?te lyrique. Je pense tout bonnement que le po?me n’a aucune ambition de dire, mais plut?t de faire sentir. <>, n’est pas un livre sur les arbres. Certains lecteurs ont ?t? d??us, car pour eux ils allaient lire un livre de sensibilisation ? l’?cologie, aux changements climatiques. Mais que voulez-vous ? Je suis un po?te. Il ne faut pas que les po?tes prennent la place des essayistes. Je ne dis pas que le po?te a une vision d?sint?ress?e du monde, au contraire. Je pense que le po?me apporte un ?l?ment important au monde, je dirais m?me ? la science. Le po?me, la litt?rature de mani?re g?n?rale, loin de dire le monde, nous en donne la saveur, les ?motions. Le po?me est de l’ordre du sensible. Le po?me ?veille des sentiments. Quand on tombe sur un vers formidable dans un recueil de po?mes, ce n’est pas parce qu’il est formidable en soi, c’est parce que le texte ?veille en vous quelque chose d’intime. Le lecteur arrive devant le po?me avec un bagage de sentiments, je ne dirais pas refoul?s, mais de sentiments dont ils ne soup?onnent pas l’existence. Et le po?me essaie de faire remonter ? la surface ces sentiments. Parfois, on aime sans raison les m?mes vers, les m?mes textes… c’est peut-?tre parce que la po?sie nous ram?ne ? quelque chose d’originel qu’elle nous plait.

Dans ce livre, pour revenir ? la question, j’essaie de dire des sentiments ou si vous voulez des ?motions que les lecteurs reconnaitront, ressentiront, du moins j’esp?re.

L.N : C’est-?-dire que la po?sie n’est pas quelque chose d’herm?tique ?

W.C : Absolument pas ! Je suis contre la po?sie qui fait des images qui ne nous parlent pas. Mon ami po?te Coutech?ve Lavoie Aupont a parl? derni?rement des po?tes <>, pour parler des po?tes qui font des images absolument extravagantes, avec des mots ronflants, qui seraient, par essence m?me, po?tiques. Non, le po?me doit d?clencher des ?motions, des sentiments, donc tr?s accessibles. Le po?me doit faire sentir ce que la science ne permet pas de faire sentir.

Propos recueillis par Claude Bernard S?rant