Le film « Marie-Madeleine » de Gessica Généus sélectionné au Festival de Cannes
Cinq ans après « Freda », la réalisatrice haïtienne fait son retour dans la section Cannes Première avec un film tourné à Jacmel, où l’affrontement entre une église évangélique et un bordel révèle les tensions sociales et religieuses du pays.
Le Festival de Cannes 2026 aura son éclat caribéen. La réalisatrice haïtienne Gessica Généus vient d’annoncer la sélection officielle de son deuxième long-métrage, Marie-Madeleine, dans la section Cannes Première. Une consécration rapide pour la cinéaste qui, dès 2021, avait ému le public d’Un Certain Regard avec Freda.
Tourné en 2025 dans la ville côtière de Jacmel, berceau artistique d’Haïti, le film est une immersion brute dans un quartier devenu champ de bataille morale. L’installation d’une église évangélique en face d’un bordel cristallise les contradictions d’une société déchirée entre héritages religieux, survie économique et désirs invisibilisés.
Au centre du récit : Marie Madeleine, interprétée par Penande Estime, travailleuse du sexe dont la vie quotidienne bascule face à l’intolérance montante. Mais là où l’on attendrait un simple affrontement manichéen, Gessica Généus tisse une amitié discrète et interdite entre Marie Madeleine et Joseph (Jean Baptiste Léonard), fils du pasteur. Ce jeune homme, contraint de cacher son homosexualité sous le regard de sa communauté, devient le reflet silencieux d’une autre marginalité.
« Ce film parle de la quête de vérité dans un monde qui force au mensonge », résume la réalisatrice dans son communiqué. Avec une mise en scène sensuelle et politique, Marie-Madeleine traverse les thèmes de l’hypocrisie sociale, de la foi comme arme ou refuge, et de la possibilité d’une sororité improbable.
La section Cannes Première, dédiée aux œuvres affirmées mais encore audacieuses, accueille ce drame haïtien produit par SaNoSi Productions. Les noms des protagonistes – Penande Estime et Jean Baptiste Léonard – restent encore discrets hors d’Haïti, mais leur jeu, salué en avant-première, pourrait révéler deux nouveaux talents.
Pour Gessica Généus, cette deuxième sélection cannoise ne doit rien au hasard. Freda avait déjà capté les fractures sociales d’un pays en crise. Marie-Madeleine creuse le sillon d’un cinéma viscéral où les corps et les croyances s’affrontent et s’embrassent.
Le long-métrage sera projeté en mai 2026. Une date à marquer pour tous ceux qui attendaient, depuis Freda, la prochaine œuvre d’une cinéaste qui refuse de baisser la voix.
À lire aussi : Situation en Haïti : état des lieux, enjeux et repères
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