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GAFI : pourquoi la place d’Haïti sur la liste grise menace bien plus que ses banques 

24 September 2026
This content originally appeared on juno7 - Haïti News.
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Depuis plus de cinq ans, Haïti figure sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), l’organisme international qui établit les normes mondiales en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération. Derrière cette classification, qui peut sembler technique et éloignée du quotidien, se joue pourtant une question beaucoup plus concrète : la capacité des banques haïtiennes, des entreprises et, indirectement, des familles à rester pleinement connectées au système financier international.

À Port-au-Prince, un entrepreneur doit payer un fournisseur à l’étranger. À Miami, Montréal ou Paris, un membre de la diaspora envoie de l’argent à sa famille. Une entreprise haïtienne doit régler une facture internationale en dollars.

À première vue, il s’agit d’opérations bancaires ordinaires.

Mais derrière un transfert international se trouve une infrastructure beaucoup plus complexe. Une banque haïtienne ne possède pas nécessairement un accès direct à tous les systèmes financiers des pays vers lesquels elle souhaite envoyer de l’argent. Pour certaines opérations, elle doit s’appuyer sur des banques correspondantes étrangères qui servent d’intermédiaires pour effectuer les paiements internationaux.

Et pour maintenir ces relations, la confiance est essentielle.

C’est précisément à ce niveau que la présence prolongée d’Haïti sur la liste grise du GAFI devient un enjeu national.

Le 19 juin 2026, le GAFI a maintenu Haïti parmi les juridictions soumises à une « surveillance renforcée », communément appelée liste grise.

Le pays y figure depuis juin 2021, lorsqu’il s’est engagé à travailler avec le GAFI et le Groupe d’action financière des Caraïbes (GAFIC) afin de corriger des défaillances stratégiques dans son dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

La liste grise n’est pas la liste noire.

En juin 2026, les juridictions à haut risque faisant l’objet d’un appel à l’action du GAFI comprenaient notamment la Corée du Nord, l’Iran et le Myanmar. Haïti n’en fait pas partie.

Être sur la liste grise signifie plutôt qu’un pays présente des défaillances stratégiques dans son dispositif de lutte contre les flux financiers illicites, mais qu’il s’est engagé à les corriger sous surveillance internationale.

Le GAFI précise d’ailleurs qu’il ne demande pas aux institutions financières de couper automatiquement leurs relations avec les pays figurant sur cette liste. Il déconseille même le « de-risking » généralisé, c’est-à-dire l’exclusion systématique de catégories entières de clients ou de pays uniquement en raison de leur niveau de risque présumé.

La nuance est importante : Haïti n’est pas exclu du système financier international.

Le problème est ailleurs.

Pour une banque internationale, entretenir une relation avec une institution étrangère implique une responsabilité. Elle doit connaître l’établissement avec lequel elle travaille, comprendre son dispositif de conformité, évaluer les risques de blanchiment, surveiller certaines transactions et respecter les régimes de sanctions applicables.

Plus une relation est perçue comme risquée, plus les contrôles peuvent devenir importants, complexes et coûteux.

C’est ici que la réputation réglementaire d’un pays prend toute son importance.

Le Fonds monétaire international souligne que l’inscription d’un pays sur la liste grise peut notamment entraîner des pressions sur les relations de correspondance bancaire, augmenter le coût des paiements internationaux, affecter les transferts de fonds, limiter l’accès à certains marchés et peser sur le commerce transfrontalier ainsi que sur les flux de capitaux.

Cela ne signifie pas que chaque difficulté rencontrée par une banque ou une entreprise haïtienne est provoquée par la liste grise. Ce serait aller trop loin. Les décisions des banques étrangères reposent sur de nombreux facteurs et sur leurs propres analyses de risques.

Mais rester durablement sous surveillance internationale ajoute un élément que les institutions financières étrangères peuvent intégrer dans leur évaluation lorsqu’elles décident de maintenir, de renforcer ou de réduire une relation avec une institution haïtienne.

Pour une économie fortement dépendante des échanges financiers avec l’étranger, préserver ces relations est donc stratégique.

Le dernier rapport du GAFI contient pourtant des signes de progrès.

L’organisation reconnaît qu’Haïti a continué à avancer dans son plan d’action malgré une situation sociale, économique et sécuritaire particulièrement difficile.

En juin 2026, le GAFI a notamment salué l’achèvement par Haïti de son évaluation nationale des risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme ainsi que la diffusion de ses conclusions.

Un an auparavant, l’organisation avait également relevé la mise en œuvre d’une supervision fondée sur les risques pour les institutions financières et l’amélioration des capacités de la cellule de renseignement financier à produire et transmettre des analyses aux autorités compétentes.

Mais une phrase du communiqué publié en juin 2026 résume désormais l’urgence : tous les délais prévus dans le plan d’action d’Haïti ont expiré et du travail reste à accomplir.

Après plus de cinq années sur la liste grise, la question n’est donc plus uniquement de montrer qu’Haïti adopte des réformes. Le pays doit démontrer que son dispositif fonctionne réellement.

Six grands chantiers restent identifiés par le GAFI.

Haïti doit renforcer la supervision fondée sur les risques de certaines professions et entreprises non financières considérées comme plus vulnérables au blanchiment ou au financement du terrorisme.

Le pays doit également pouvoir conserver et rendre rapidement accessibles les informations permettant d’identifier les bénéficiaires effectifs des sociétés, c’est-à-dire les personnes physiques qui possèdent ou contrôlent réellement une entreprise derrière les différentes structures juridiques.

Le GAFI attend également des résultats plus tangibles dans l’identification, les enquêtes et les poursuites concernant les affaires de blanchiment de capitaux, conformément au profil de risque du pays.

Haïti doit aussi démontrer une augmentation de l’identification, de la localisation et du recouvrement des produits provenant d’activités criminelles.

Le pays doit par ailleurs corriger certaines lacunes techniques relatives aux sanctions financières ciblées et mettre en œuvre une surveillance fondée sur les risques des organismes sans but lucratif susceptibles d’être exploités à des fins de financement du terrorisme, sans perturber leurs activités légitimes.

Ce constat révèle un élément essentiel : la question du GAFI ne concerne pas uniquement les banques.

Une institution bancaire peut renforcer ses contrôles, améliorer l’identification de ses clients, surveiller les transactions et signaler les opérations suspectes.

Mais elle ne peut pas, à elle seule, enquêter sur les réseaux de blanchiment, poursuivre leurs responsables, confisquer les produits du crime, réglementer toutes les professions à risque ou construire les registres publics nécessaires pour identifier les véritables propriétaires des sociétés.

La sortie de la liste grise nécessite donc une chaîne institutionnelle fonctionnelle : régulateurs financiers, unité de renseignement financier, police judiciaire, parquet, tribunaux, administrations publiques et secteurs privés concernés.

C’est probablement là que se trouve l’un des principaux défis pour Haïti.

Le pays doit renforcer son dispositif de lutte contre les flux financiers illicites au moment même où ses institutions évoluent dans un environnement marqué par une profonde crise sécuritaire.

Le GAFI reconnaît explicitement cette réalité dans son évaluation de juin 2026. Mais cette reconnaissance ne dispense pas Haïti d’achever son plan d’action.

L’expérience d’autres pays montre néanmoins que la liste grise n’est pas une condamnation permanente.

En juin 2026, l’Algérie et la Namibie en sont sorties après avoir achevé leurs plans d’action et passé avec succès les visites sur place permettant au GAFI de vérifier que les réformes étaient effectivement appliquées.

Pour Haïti, parvenir à cette étape aurait une portée dépassant largement la satisfaction d’une organisation internationale.

Ce serait un signal adressé aux banques étrangères, aux investisseurs et aux partenaires économiques : le pays dispose d’institutions capables de mieux identifier les flux financiers illicites, de connaître les véritables propriétaires des entreprises, d’enquêter sur le blanchiment et de récupérer les avoirs issus du crime.

À l’inverse, une présence qui se prolonge sur la liste grise entretient une vulnérabilité dont Haïti, compte tenu de sa dépendance aux échanges financiers avec l’étranger, peut difficilement faire abstraction.

Pour le citoyen qui reçoit un transfert de l’étranger, le commerçant qui importe des marchandises ou l’entreprise qui doit effectuer un paiement international, le GAFI peut sembler extrêmement éloigné.

Il ne l’est pas.

Le système bancaire international fonctionne autant sur des infrastructures techniques que sur la confiance entre institutions.

Le véritable enjeu pour Haïti n’est donc pas simplement de quitter une « mauvaise liste » pour rejoindre une « bonne liste » — cette dernière n’existe d’ailleurs pas formellement.

L’enjeu est de construire suffisamment de confiance dans son système financier, réglementaire et judiciaire pour que traiter avec Haïti ne soit pas considéré comme un risque anormalement élevé.

Plus de cinq ans après son placement sous surveillance renforcée, le pays a progressé. Le GAFI le reconnaît.

Mais en 2026, toutes les échéances du plan d’action sont déjà dépassées.

Pour Haïti, terminer le travail n’est plus seulement une question de conformité réglementaire. C’est aussi une question d’intégration financière internationale.

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