À l’approche du 7 février, le dépôt des candidatures suscite ironie et indignation sur l’état de la transition
À l’hôtel Montana, des candidats déposent leurs dossiers pour des postes de Président et de Premier Ministre à l’approche du 7 février.
Ce n’est ni une parodie, ni une pièce de théâtre, encore moins un sketch soigneusement orchestré. Pourtant, depuis le mercredi 4 février, des vidéos diffusées en boucle sur les réseaux sociaux donnent à voir une scène qui, pour beaucoup, confine à l’irréel. Filmées notamment par Passion Info Plus et Radio Télé Ginen, ces images montrent des hommes et des femmes défiler à l’hôtel Montana afin de déposer leur candidature aux postes de président de la République et de Premier ministre, à quelques jours seulement de la fin annoncée du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), prévue le 7 février.
Dans l’une des séquences les plus commentées, une femme au crâne rasé, présentée comme faisant partie du protocole, appelle tour à tour les prétendants d’une voix mécanique et répétitive : « Premye minis ki pral depoze papye… Yon Premye minis ! Yon prezidan… non non non, yon sèl moun ki ka rantre. Yon lòt prezidan. » Une litanie qui, pour certains internautes, prête à sourire, mais qui, pour une large frange de la population, traduit surtout la gravité de la situation politique actuelle.
Car derrière l’ironie et les moqueries qui inondent la toile, le malaise est palpable. Nombreux sont les citoyens qui dénoncent une classe politique obsédée par la transition, perçue non comme un moyen de redressement national, mais comme une fin en soi, un passage obligé pour « jouir de l’État ». Cette scène, qualifiée de surréaliste par certains observateurs, est interprétée par d’autres comme le symbole d’un système à bout de souffle, où la quête du pouvoir semble primer sur l’intérêt général et l’urgence de répondre aux besoins fondamentaux de la population.
Sur les réseaux sociaux, l’épisode est abondamment commenté, détourné, ironisé. Mais l’humour, souvent grinçant, ne parvient pas à masquer l’amertume. Ce qui se joue à l’hôtel Montana n’est pas une fiction : c’est une réalité politique qui met en lumière, aux yeux de nombreux citoyens, l’effondrement symbolique de l’autorité de l’État. Faute d’avoir rempli sa mission, le Conseil présidentiel de transition apparaît, pour ses détracteurs, comme cherchant une porte de sortie à travers un appel à candidatures improvisé, où président et Premier ministre semblent se succéder au rythme d’un tour de rôle désordonné, dossiers en main.
Pour rappel, les dépôts de candidatures ont débuté le mercredi 4 février à l’hôtel Montana, à l’issue d’environ quatre jours de dialogue interhaïtien conduit sous l’égide du CPT. Ces discussions avaient pour objectif de dégager une issue à la crise politique persistante, à l’approche de la date butoir du 7 février. À l’issue de ces échanges, les initiateurs du dialogue ont annoncé un accord visant à la mise en place d’une nouvelle transition, composée de trois membres issus respectivement de la Cour de cassation, de l’actuel Conseil présidentiel de transition et de la société civile.
Reste que, pour une grande partie de l’opinion publique, les images de l’hôtel Montana resteront comme l’illustration frappante d’une politique déconnectée des réalités du pays. Une scène qui fait rire jaune, tant elle révèle le vide institutionnel et la perte de repères d’un État en quête de légitimité. Entre dérision et indignation, cette séquence marque un nouveau chapitre d’une crise dont les Haïtiens peinent encore à entrevoir l’issue.
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