Audition au Sénat américain : Washington fixe la stabilité comme priorité absolue en Haïti
Lors d’une audition tenue devant une sous-commission du Sénat américain consacrée aux crédits de politique étrangère pour l’exercice fiscal 2026, les autorités américaines ont dressé un tableau préoccupant mais stratégique de la situation haïtienne. Devant les sénateurs réunis au Sénat américain, le chargé d’affaires des États-Unis en Haïti, Henry T. Wooster, a exposé les priorités de Washington, tandis que le sénateur Markwayne Mullin a insisté sur l’importance de maintenir un engagement américain cohérent face au risque d’effondrement de l’État haïtien.
La stabilité comme objectif central de la politique américaine
Selon Henry T. Wooster, la politique des États-Unis à l’égard d’Haïti repose sur un objectif unique : la stabilité. Celle-ci est définie par deux impératifs majeurs : éviter l’effondrement total de l’État haïtien et prévenir une migration massive et incontrôlée vers les côtes américaines. « Tout ce que nous faisons est ancré dans cet objectif », a déclaré le diplomate, soulignant que la situation haïtienne constitue aujourd’hui un défi de politique étrangère complexe et persistant, examiné récemment au Sénat américain.
Le chargé d’affaires a décrit un pays fragilisé par des décennies de dysfonctionnements politiques, économiques et institutionnels. La menace immédiate, selon lui, provient d’une coalition d’environ vingt groupes armés, qualifiés à tort de simples gangs, mais qui opèrent désormais comme de véritables mouvements proto-insurrectionnels. En 2025, Washington a désigné deux de ces groupes, Viv Ansanm et Gran Grif, comme organisations terroristes étrangères.
Haïti face à une crise sécuritaire et humanitaire majeure
Les chiffres avancés lors de l’audition illustrent l’ampleur de la crise. Environ 12 000 individus armés composeraient les groupes criminels, dont près de 3 000 représentent une menace directe et permanente. Au Sénat américain, les discussions ont mis en évidence la faiblesse des effectifs : la Police nationale d’Haïti ne compterait qu’environ 6 000 agents, avec seulement quelques centaines réellement engagés dans les opérations de combat.
Sur le plan humanitaire, la situation demeure alarmante. Près de six millions de personnes auraient aujourd’hui besoin d’une assistance d’urgence. Environ 1,4 million de citoyens sont déplacés à l’intérieur du pays, tandis que 63 % des établissements hospitaliers publics de Port-au-Prince sont fermés, détruits ou fonctionnent de manière partielle. À cela s’ajoute une réalité sociale inquiétante : les mineurs représenteraient près de la moitié des effectifs des groupes armés, conséquence directe de la pauvreté extrême et de l’absence d’opportunités économiques. D’ailleurs, les rapports présentés au Sénat américain soulignent fortement ce problème.
Appui des États-Unis et de l’ONU aux efforts sécuritaires en Haïti
Face à cette situation, Washington mise sur un renforcement sécuritaire multilatéral. Le sénateur Markwayne Mullin a rappelé que le Congrès soutient depuis longtemps l’assistance à Haïti, non comme un acte de charité, mais parce qu’elle sert les intérêts stratégiques des États-Unis. Le budget FY 2026 prévoit ainsi des financements pour la sécurité, le développement et l’appui aux initiatives des Nations Unies.
Une attention particulière est accordée à la nouvelle force internationale autorisée par le Conseil de sécurité des Nations Unies, à travers la résolution 2793. Cette force de supervision et de répression des gangs, composée de 5 500 militaires et policiers issus de plusieurs pays partenaires, doit commencer son déploiement au printemps 2026. Les États-Unis jouent un rôle clé dans la coordination de cette force, conçue pour mener des opérations ciblées et fondées sur le renseignement.
Parallèlement, le Congrès américain a autorisé un appui non létal aux Forces armées d’Haïti et soutient un programme visant à renforcer la Police nationale avec le recrutement et la formation de 4 000 nouveaux agents en seize mois. Cela a été discuté au Sénat américain lors de l’audition.
Gouvernance, corruption et élections : le talon d’Achille haïtien
Au-delà de la sécurité, les responsables américains ont identifié la gouvernance comme le principal point de fragilité du pays. La corruption endémique et l’incapacité des élites politiques à organiser des élections crédibles restent, selon Wooster, le véritable talon d’Achille d’Haïti. Le pays n’a pas organisé de scrutin national depuis près d’une décennie, et l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021 continue de peser sur la stabilité institutionnelle. À chaque étape, au Sénat américain, la question des élections revient comme un élément crucial.
La fin récente du mandat du Conseil présidentiel de transition ouvre une nouvelle phase intérimaire, conduite par le Premier ministre Didier Fils-Aimé. Washington affirme soutenir cette transition à condition qu’elle débouche sur des élections prévues en 2026, seule voie jugée légitime pour assurer une stabilité durable.
Aide internationale critiquée mais jugée indispensable
Si les sénateurs ont reconnu que l’aide américaine n’a pas toujours produit les résultats escomptés, ils ont également rejeté l’idée d’un désengagement brutal. Pour Markwayne Mullin, mettre fin aux programmes existants serait contre-productif et coûterait davantage que de les réformer. « Il est plus rationnel d’améliorer l’efficacité de l’aide que de l’abandonner », a-t-il souligné.
Au terme de l’audition, un consensus bipartite s’est dégagé au Sénat : malgré ses limites, l’engagement américain en Haïti demeure indispensable pour éviter un effondrement aux conséquences régionales majeures. Enfin, la stabilité d’Haïti reste ainsi, aux yeux des membres réunis au Sénat américain, un enjeu stratégique autant qu’humanitaire.
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