Cap-Haïtien : des acteurs locaux lancent un appel urgent au pouvoir central face à la crise écologique et environnementale


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Urgence écologique à Cap-Haïtien : Les acteurs locaux interpellent l’État face à la dégradation environnementale.
Cap-Haïtien, considérée comme la « métropole du Nord », est aujourd’hui en proie à de graves problèmes environnementaux et d’insalubrité. Cette ville historique, qui attire de plus en plus de visiteurs en raison de l’insécurité à Port-au-Prince, fait face à une crise environnementale majeure et écologique. Lors d’une visite sur place, le rédacteur en chef de Juno7, Jinaud Augustin, a recueilli pendant une interview les témoignages de Patrick Almonor, membre de la Commission Communale du Cap-Haïtien; Steve Astrel Mathieu, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Nord; Ives Marie Channel, journaliste; et d’un représentant de la compagnie Le Nettoyeur, Cleaning and Recycling. Ensemble, ils lancent un appel urgent au gouvernement pour une intervention immédiate.
Patrick Almonor, membre de la Commission communale du Cap-Haïtien, dresse un constat alarmant : « La ville du Cap-Haïtien reçoit aujourd’hui six départements. Malheureusement, nous avons une ville qui se développe de manière désorganisée, anarchique, sans plan d’aménagement. » Cette expansion sauvage a entraîné un exode rural massif et des constructions illégales sur les mornes, exacerbant les risques d’inondations à chaque saison de pluies.
Les responsabilités, selon Almonor, sont partagées. Si le curage des canaux relève du Ministère des Travaux Publics (MTPTC), le nettoyage de la ville devrait être assuré par le Service National de Gestion des Résidus Solides (SNGRS). Pourtant, ce dernier est quasi inexistant sur le terrain, malgré un budget mensuel de 2,5 millions de gourdes. « C’est la mairie qui fait des efforts, alors que le SNGRS dispose d’une direction départementale qui devrait agir », déplore-t-il.
La rivière du Haut du Cap, la construction anarchique à haut du Cap, Lauriers, la Bande du Nord, les marchés publics au centre-ville sont les principales causes des inondations récurrentes, la rivière n’est pas curée depuis 1960. Un projet d’amenagement de la ville, soutenu par la Banque mondiale, n’a jamais abouti en raison de désaccords entre l’État et les habitants des quartiers de Shada 1 et 2. Selon Patrick Almonor, la mairie du Cap-Haïtien dispose d’un budget limité à 350 millions de gourdes, principalement destiné au paiement des employés municipaux, ce qui rend difficile la gestion des infrastructures urbaines.
Pour y remédier, il préconise une action immédiate du gouvernement pour l’ouverture des canaux d’évacuation, l’asphaltage des routes et le renforcement des plans de sécurité afin de mieux accueillir les nouveaux résidents et visiteurs.
Steve Astrel Mathieu, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Nord, décrit une ville « dépassée par les événements ». Il appelle à une concertation entre les autorités locales et l’État central pour établir un plan d’aménagement viable. « La ville offre de nombreuses opportunités, mais il faut savoir comment les exploiter », souligne-t-il.
Rappelant les efforts passés, il faut mentionner que la rivière du Haut du Cap a été curée en 1960, qu’un travail de drainage a été effectué en 2007 sous le mandat de René Préval et que la mer a été draguée dans les années 80. Cependant, l’absence actuelle de gestion expose la ville à de grands risques environnementaux. Selon le président de la Chambre de Commerce et d’industrie du Nord, ce manque de volonté et de coordination de la part des autorités est un frein au développement de la région.
La ville du Cap-Haïtien fait face à d’importants défis environnementaux et infrastructurels. Les déchets et les dépôts d’alluvions s’accumulent un peu partout, tandis que les routes sont dans un état dégradé. La pluie représente une menace majeure pour la ville, exacerbant les problèmes d’insalubrité, notamment autour des deux marchés du centre-ville : le marché Cluny et celui de l’ancienne place Vincent, qui génèrent d’importantes quantités d’ordures. Dans les quartiers en hauteur, comme Les Lauriers, les constructions se multiplient de manière anarchique, sans aucune régulation. Enfin, les habitants de Shada 1 et 2 vivent dans des conditions extrêmement précaires, bien en dessous des standards humains fondamentaux.
En guise de solutions innovantes, la compagnie Le Nettoyeur, Cleaning and Recycling, basée à Caracol, se propose de recycler les déchets plastiques en les transformant en flacons exportables. Une initiative privée saluée, mais insuffisante sans un engagement fort de l’État.
Monsieur Handal Perard, représentant de la compagnie Le Nettoyeur, Cleaning and Recycling, met en avant une initiative positive. Cette entreprise, la seule usine de recyclage du Nord, située à Caracol, est prête à contribuer à l’assainissement de la ville. « Nous avons été créés pour aider », affirme-t-il. Après transformation, les déchets plastiques sont convertis en flocons et exportés vers d’autres marchés, offrant ainsi une solution durable à la gestion des déchets.
Pour le journaliste Ives Marie Channel, la crise du Cap-Haïtien reflète un mal plus profond : « Tout pays qui fonctionne a des normes. Ici, il n’y a ni ordre ni discipline. » Les constructions anarchiques, l’absence de contrôle étatique et le manque d’entretien des infrastructures aggravent chaque jour la situation.
Il met en cause la construction anarchique, le laxisme de l’État et la mauvaise gestion urbaine qui ont conduit à des inondations récurrentes. Il recommande le curage et la redimension des canaux d’évacuation.
Face à ces constats alarmants, les acteurs locaux plaident pour une intervention rapide et efficace du gouvernement. Ils exhortent l’État central à prendre ses responsabilités en dotant les institutions concernées de ressources nécessaires pour assurer la propreté et la salubrité de la ville. L’avenir de Cap-Haïtien, fleuron du tourisme haïtien, dépend d’une meilleure gouvernance environnementale et urbaine.
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