Division autour de la proposition d’une frange du CPT visant à confier la transition à un Collège présidentiel
Les travaux du Dialogue inter-haïtien, présidés par Leslie Voltaire, Edgard Leblanc Fils et Louis Gérald Gilles, membres du Conseil présidentiel de transition (CPT), tenus du 1er au 3 février 2026 à l’Hôtel Montana, ont débouché sur la présentation d’une proposition visant à réorganiser l’architecture du pouvoir exécutif en Haïti.
Le document final issu de ces échanges recommande l’instauration d’un exécutif à double tête, articulé autour d’un Collège présidentiel et d’un chef de gouvernement. Selon ses promoteurs, cette formule permettrait de renforcer l’équilibre des pouvoirs et d’améliorer la représentativité au sommet de l’État, dans un contexte institutionnel marqué par de fortes tensions.
D’après les précisions fournies par Clovis Obas, ancien parlementaire du PHTK, le Collège présidentiel serait composé de trois membres : un représentant du CPT, un magistrat de la Cour de cassation et une personnalité issue de la société civile. Les initiateurs du projet estiment que cette configuration favoriserait une gouvernance plus inclusive et plus stable.
Les responsables du dialogue reconnaissent toutefois que cette proposition demeure, à ce stade, strictement théorique. Sa mise en œuvre dépendrait de l’adhésion des principales forces politiques et sociales, ainsi que de l’adoption d’un cadre juridique clair et consensuel. En l’absence de ces conditions, le document ne revêt aucune valeur décisionnelle contraignante.
Malgré ces précisions, l’initiative a suscité des réactions immédiates au sein de la classe politique et de certains acteurs de la société civile. Dans l’enceinte même de l’Hôtel Montana, des figures telles que l’ancien député Antoine Rodon Bien-Aimé et le docteur Frantz Large ont publiquement exprimé leur désaccord.
Selon eux, la proposition s’apparente à une tentative de reconduction déguisée du Conseil présidentiel de transition sous une autre forme. Ils estiment que le CPT, jugé inefficace par une partie de l’opinion, a échoué dans sa mission et ne dispose plus de la crédibilité nécessaire pour impulser une nouvelle orientation politique. Ils dénoncent un processus qu’ils qualifient de « mascarade », pointant l’absence de rupture réelle avec le système actuel.
Dans le même sillage, le parti politique Les Engagés pour le Développement (EDE) a affiché une opposition claire à toute initiative visant à maintenir, directement ou indirectement, le Conseil présidentiel de transition. Dans une prise de position officielle, EDE considère que le CPT ne répond plus aux objectifs initiaux de la transition, invoquant un déficit de légitimité et d’adhésion populaire.
Se référant au Consensus politique pour le redressement national et la réorientation de la transition, dont il est signataire, EDE défend une autre option institutionnelle : la mise en place d’un exécutif bicéphale reposant sur un président unique et un Premier ministre. Selon le parti, cette formule offrirait une meilleure lisibilité institutionnelle et renforcerait la responsabilité politique des dirigeants.
Pour EDE, toute tentative de reconduction totale ou partielle du CPT constituerait une rupture avec l’esprit du consensus et enverrait un signal négatif à une population déjà éprouvée par l’instabilité politique, l’insécurité et les difficultés socio-économiques.
Dans un contexte national marqué par une crise sécuritaire persistante et une transition institutionnelle incertaine, ces divergences illustrent la difficulté à dégager un consensus autour de l’après-CPT. Entre les partisans d’une réforme progressive du cadre existant et les défenseurs d’une rupture plus nette, le débat demeure profondément polarisé, sans qu’une solution commune n’émerge à ce stade.
A lire aussi :
La Coalition Fanm Yo Deside exige une transition post-CPT courte, inclusive et encadrée
Related News
215 jeunes stagiaires intégrés dans les institutions publiques haïtiennes
The Troubled Game of María Corina Machado, Nobel Peace Prize Laureate
Le jeu trouble de María Corina Machado, Prix Nobel de la Paix