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En fin de mission, Antoine Michon appelle à une prise de conscience collective des élites haïtiennes 

31 July 2026
This content originally appeared on juno7 - Haïti News.
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Le jeudi 30 juillet 2026, l’ambassadeur de France en fin de mission, Antoine Michon, accompagné de son conseiller politique, Bertrand Ollivier et l’attaché de presse Mackly Ford Cenor, a rencontré un groupe très restreint de représentants de médias, dont Le Nouvelliste et Juno7, lors d’un petit déjeuner organisé à sa résidence officielle à Bourdon.

Au cours de cette rencontre, le diplomate français a dressé le bilan de ses deux années de mission en Haïti. Il a notamment abordé la crise multiforme que traverse le pays, la coopération bilatérale, le processus électoral en cours, ainsi que les enjeux sécuritaires, politiques et économiques. Il a également évoqué la lutte contre la corruption et le trafic de drogue.

Coopération bilatérale entre Haïti et la France

Antoine Michon a présenté un bilan globalement positif de l’engagement de la France en Haïti. Selon lui, son pays investit en moyenne 45 millions d’euros par an dans divers secteurs, notamment la construction d’écoles dans le Grand Sud, le renforcement des infrastructures de santé, l’agriculture et le financement de programmes de bourses d’études.

À cela s’ajoute une enveloppe de 15 millions d’euros consacrée à l’aide humanitaire en faveur des personnes déplacées internes. Environ un million d’enfants bénéficient également de repas chauds dans le cadre de programmes menés en partenariat avec le Programme alimentaire mondial (PAM) et le Programme national de cantines scolaires (PNCS).

Toutefois, l’ambassadeur a précisé que la France a suspendu son soutien financier à la construction de l’hôpital de l’Université d’État d’Haïti, en raison de la détérioration de la situation sécuritaire à Port-au-Prince.

Appui à la sécurité : un engagement maintenu

Le diplomate a souligné que la France entretient un intérêt stratégique en Haïti, notamment en raison de la proximité de ses territoires d’outre-mer. Dans ce cadre, elle poursuit son appui aux forces de sécurité haïtiennes.

Il a indiqué qu’un programme de formation permet de former chaque année environ 400 policiers et 100 militaires haïtiens. Antoine Michon a également plaidé en faveur de la mise en place d’un service de renseignement centralisé, afin de renforcer l’efficacité des forces de l’ordre.

Insistant sur l’urgence sécuritaire, il a appelé les autorités à faire de cette question une priorité nationale, évoquant en filigrane l’expérience de la MINUSTAH, qui avait été déployée pendant plus de dix ans en Haïti, contrairement à la mission actuelle de lutte contre les gangs, dont le mandat est plus limité.

L’ambassadeur a également encouragé une augmentation significative des effectifs des forces de sécurité, prenant pour exemple la République dominicaine, qui dispose d’un contingent plus important pour une population comparable.

Il a par ailleurs insisté sur la nécessité de renforcer le contrôle aux frontières afin de lutter contre le trafic de drogue, la contrebande et la corruption. Selon lui, cela passe par des saisies aux points d’entrée, des arrestations et des condamnations effectives pour réduire l’impunité.

Dans cette optique, il a dénoncé le manque de transparence du Fonds d’Entretien Routier (FER), qui aurait reçu 10 millions d’euros de financement de l’Union européenne sans produire de rapport justificatif sur l’utilisation des fonds.

Antoine Michon a également alerté sur la puissance financière et organisationnelle des groupes criminels, appelant les dirigeants haïtiens à prendre la pleine mesure de la gravité de la crise. Il a plaidé pour une amélioration de la gouvernance et un élargissement de l’assiette fiscale afin de renforcer les capacités de l’État à protéger la population haïtienne.

Processus électoral et défis politiques

Sur le plan politique, l’ambassadeur a salué les avancées enregistrées dans le lancement du processus électoral, après plus de dix ans sans élections. Il a mentionné la mise en place du Conseil électoral provisoire (CEP), la publication d’un décret électoral, l’adoption d’un calendrier et d’un budget.

Interrogé sur la faisabilité des élections prévues le 13 décembre 2026, Antoine Michon s’est montré prudent, préférant rappeler les conditions préalables définies dans le cadre du pacte national entre les autorités et les acteurs haïtiens. Il a notamment évoqué la nécessité de rétablir la libre circulation dans plusieurs zones stratégiques, dont le sud de Port-au-Prince, le Nord et la Croix-des-Bouquets, afin de garantir la logistique électorale et le bon déroulement de la campagne.

Il a également salué les efforts de regroupement des partis politiques visant à limiter le nombre de candidats sur les bulletins de vote.

Un départ entre espoir et inquiétude

En conclusion, l’ambassadeur sortant a reconnu l’ampleur des défis auxquels fait face Haïti, tout en soulignant l’existence de certains progrès. Il a toutefois insisté sur la fragilité persistante de la situation.

Antoine Michon affirme quitter le pays avec un sentiment mêlé d’espoir et de tristesse, tout en lançant un appel à une prise de conscience collective des élites haïtiennes face à l’urgence nationale ou l’ampleur de la crise.

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