Haïti face aux risques liés au TPS américain : une étude publiée par la BRH souligne la vulnérabilité des transferts
Une baisse des envois de fonds de la diaspora pourrait peser sur la gourde, les réserves internationales et les finances publiques. Les chercheurs recommandent une réponse préventive, sans présenter leurs simulations comme les conséquences certaines d’une décision migratoire américaine.
Une contraction des transferts de la diaspora pourrait fragiliser plusieurs équilibres économiques d’Haïti, selon un document de travail publié en octobre 2026 par la Banque de la République d’Haïti (BRH). Intitulée « Choc des transferts et vulnérabilité macrofinancière en Haïti : les risques liés au TPS », l’étude examine cette vulnérabilité dans un contexte de durcissement de la politique migratoire américaine.
Réalisé par Kensley Blaise, Jean Marie Cayemitte et Jean Gardy Victor, du Département de recherche en économie et finance (DREF), le travail porte sur les répercussions possibles d’une diminution des envois de fonds. Les auteurs précisent que leurs opinions ne représentent pas nécessairement celles du conseil d’administration de la BRH.
Le statut de protection temporaire, ou TPS, permet, sous certaines conditions, aux ressortissants de pays désignés de résider et de travailler légalement aux États-Unis pendant une période déterminée. Les chercheurs envisagent qu’une modification des conditions de séjour et d’emploi puisse réduire les revenus disponibles des migrants et leur capacité à soutenir leurs proches en Haïti. Ils soulignent toutefois que cette transmission n’est ni automatique ni proportionnelle : l’épargne, la recherche d’un autre emploi ou la réorganisation des envois peuvent en atténuer les effets.
L’exposition haïtienne tient au poids des transferts dans l’économie. Selon l’étude, ils représentaient environ 17 % du produit intérieur brut en 2024. Les auteurs citent également une estimation du FMI selon laquelle environ 79 % des transferts reçus par Haïti proviendraient de la diaspora résidant aux États-Unis. Une diminution de ces flux réduirait donc une source importante de devises, alors que les investissements étrangers, les exportations et les financements extérieurs offrent des possibilités de compensation limitées.
L’analyse repose sur 252 observations mensuelles, d’octobre 2004 à septembre 2025. Elle examine les interactions entre les transferts privés, le taux de change, les réserves internationales nettes, le déficit public et l’indice des prix à la consommation (IPC).
Le résultat le plus solidement établi concerne les pressions à la dépréciation de la gourde. L’étude relève également une détérioration des finances publiques et une tendance à la diminution des réserves internationales, dont les effets sont moins précisément établis. Les pressions sur les prix ne sont pas statistiquement significatives.
Les simulations présentées dans le tableau 3 portent sur trois scénarios de contraction des transferts : 10 %, 20 % et 30 %. Elles mesurent les écarts moyens sur 24 mois par rapport à une situation de référence maintenant les variables à leurs niveaux initiaux.
Pour une baisse des transferts de 10 %, la dépréciation moyenne estimée est de 0,78 %. Elle atteint 1,65 % dans le scénario de contraction de 20 % et 2,66 % pour une baisse de 30 %. Les réserves internationales nettes diminueraient respectivement de 1,95 %, 3,97 % et 6,03 %. La détérioration moyenne du solde budgétaire atteindrait, selon les mêmes scénarios, 36,8 millions, 78,1 millions et 124,9 millions de gourdes.
Ces chiffres constituent des exercices de vulnérabilité, et non des prévisions certaines. Le signal de hausse de l’IPC reste, lui aussi, indicatif, faute de confirmation statistique suffisante.
Les chercheurs recommandent une réponse coordonnée : préserver la liquidité du marché des changes, gérer prudemment les réserves, maintenir la crédibilité budgétaire et préparer des financements extérieurs susceptibles d’amortir un choc. Ils accordent une attention particulière aux trois premiers mois suivant une contraction importante, période durant laquelle les tensions peuvent apparaître avant que les réponses budgétaires et financières produisent leurs effets.
L’étude ne permet cependant pas d’attribuer directement au TPS les variations des transferts. La méthode fondée sur la chronologie des décisions américaines n’a pas fourni un outil statistique suffisamment robuste pour isoler cet effet. Le TPS est donc traité comme une source potentielle de risque, tandis que les simulations évaluent les conséquences d’une baisse des envois de fonds, quelle qu’en soit l’origine.
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