Internet au service de la mythomanie : quand le virtuel haïtien se joue du réel
Depuis l’expansion d’Internet en Haïti, le quotidien des usagers s’est métamorphosé. En un clic, les habitudes se réinventent, les pratiques se numérisent, et la parole libre s’émancipe. Mais cette liberté d’expression s’accompagne d’une surenchère identitaire où l’affirmation de soi flirte souvent avec le faux-semblant. Au point que, pour quelques « like » ou « views », certains internautes en viennent à croire eux-mêmes aux mensonges qu’ils exposent au grand jour.
Le constat saute aux yeux. Sur les réseaux socionumériques, le visage des uns et des autres devient insaisissable. Un simple filtre suffit à rajeunir de vingt ans. Les images générées par l’intelligence artificielle, elles, plongent dans un hyperréalisme où tout semble possible. Tout est beau, tout est spectaculaire. Mais rien n’est vrai. Pourtant, on y adhère avec une foi troublante.
À cette course à l’illusion s’ajoute un enjeu économique de taille. Les plateformes les plus en vue, à savoir : Facebook, YouTube et TikTok, offrent l’option de monétisation, conditionnée par une audience fidèle et une production de contenus régulière. Celle-ci facilite l’entrée en scène des « influenceurs », figures hybrides qui mêlent lanceurs d’alerte, divertisseurs et faiseurs d’opinion. Ces nouvelles personnalités dictent les tendances, mais révèlent parfois, un rapport plus complexe à la vérité.
Pour d’autres, moins étiquetés, les plateformes numériques deviennent des vitrines de valorisation personnelle. On y expose ses succès, ses résiliences, ses transformations miraculeuses. Des récits hollywoodiens. Mais à côté de ces quêteurs de reconnaissance, pullulent les marchands de rêves : psychanalystes autoproclamés, analystes politiques improvisés et entrepreneurs infaillibles. Et parmi eux, les mythomanes, dont le jeu de rôle finit par les absorber. Ayant tant joué la comédie, ils s’y perdent eux-mêmes, convaincus du scénario qu’ils ont pourtant tissé pour séduire leur publique.
Il est légitime de questionner le mensonge numérique ? Pour conquérir l’audience, l’immersion est totale. Des influenceurs se présentent en nantis, alors qu’ils peinent à joindre les deux bouts, d’autres distillent des conseils matrimoniaux, tandis qu’ils traînent un divorce douloureux. De ces cordonniers mal chaussés, la parabole moderne nous rappelle avec ironie que la crédibilité ne se décrète pas.
Au-delà du ridicule, cette mise en scène permanente révèle une fragilité identitaire, un malaise profond dans l’estime de soi chez les internautes haïtiens, où qu’ils résident. Les contenus dramatiques et superficiels éclipsent peu à peu les productions structurées, éducatives ou scientifiques. Les communautés virtuelles, prisonnières de leur propre mirage, s’obstinent à ériger l’irréel en évidence, et l’illusion en vérité.
Faute de morale, osons paraphraser Jean de La Fontaine : ces influenceurs-là vivent aux dépens de ceux qui les croient. Car, dans cette vaste farce numérique, le seul perdant reste l’internaute, pris au piège d’une promesse qui n’engage que ceux qui veulent bien s’y tromper.
À lire aussi : Situation en Haïti : état des lieux, enjeux et repères
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