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Marchand-Dessalines, sous l’emprise des gangs depuis près de six mois 

23 September 2026
This content originally appeared on juno7 - Haïti News.
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Depuis la fin du mois de mars 2026, l’installation de groupes armés à Marchand-Dessalines a profondément bouleversé la vie de cette commune historique de l’Artibonite. Écoles perturbées, activités économiques paralysées, commerces pillés et habitants contraints de partir : près de six mois plus tard, la population continue de subir les conséquences de cette crise sécuritaire.

MARCHAND-DESSALINES — Ce qui était autrefois une ville animée par le commerce, l’agriculture et les activités scolaires offre aujourd’hui, dans plusieurs secteurs, un visage profondément différent. Des commerces ont fermé leurs portes, des familles ont quitté la commune et la vie quotidienne reste largement conditionnée par la présence de groupes armés.

Pour comprendre l’ampleur de cette crise, il faut remonter à la fin du mois de mars et au début d’avril 2026.

À cette période, le groupe armé Kokorat San Ras, déjà présent dans certaines zones de l’Artibonite, s’est rapproché du gang Gran Grif de Savien. Les deux groupes ont progressivement renforcé leur présence à Marchand-Dessalines, provoquant l’inquiétude puis le départ de nombreuses familles.

Le 2 avril dernier, Juno7 rapportait déjà qu’une partie de la commune était occupée par Gran Grif et Kokorat San Ras, qui cherchaient à y établir leurs bases. Plusieurs habitants interrogés aujourd’hui racontent que cette présence armée a depuis profondément modifié le fonctionnement de la ville.

La situation scolaire a été l’une des premières affectées. Des établissements ont suspendu leurs activités au début de la crise. Si certaines tentatives de reprise ont eu lieu au cours des mois suivants, selon plusieurs témoignages, de nombreux élèves restent aujourd’hui privés d’une scolarité normale en raison de l’insécurité et du déplacement des familles.

Les échanges de tirs, la circulation d’hommes armés et les menaces ont progressivement installé la peur dans plusieurs quartiers.

Puis sont venus les pillages.

Commerces, dépôts et entreprises ont été touchés. Certains propriétaires ont abandonné leurs activités, tandis que d’autres ont quitté la commune. En août encore, la succursale de la Société coopérative Lavi Miyò (SOCOLAVIM) à Marchand-Dessalines a été pillée, illustrant la persistance de l’insécurité plusieurs mois après l’arrivée des groupes armés.

L’économie locale en porte aujourd’hui les conséquences. Plusieurs habitants déplacés interrogés par Juno7 décrivent une activité commerciale fortement réduite et une commune où de nombreuses entreprises ne fonctionnent plus normalement.

Au fil des mois, les groupes armés ont également renforcé leur contrôle sur plusieurs axes. Des postes de péage ont été signalés sur certaines routes, obligeant les usagers à payer pour circuler.

Des habitants font également état d’obstacles érigés à différents endroits afin de contrôler les déplacements. Selon plusieurs témoignages recueillis par Juno7, un mur aurait notamment été construit à l’entrée de la ville et un autre dans la zone de La Source Félicité, sur l’axe menant vers Saint-Michel de l’Attalaye.

Ces éléments restent difficiles à vérifier de manière indépendante dans toutes les zones concernées en raison des conditions de sécurité.

La présence de l’État a, elle aussi, fortement reculé. Le commissariat de Marchand-Dessalines a été détruit en mai par des membres de Gran Grif et de Kokorat San Ras. La Police nationale d’Haïti maintient toutefois une présence à Baryè Batchou, l’un des principaux points d’accès à la commune, selon les informations recueillies.

Pour les habitants, cette présence reste insuffisante pour permettre un retour à une vie normale dans la ville.

Face à cette situation, de nombreuses familles ont choisi de partir.

Certaines ont abandonné maisons, terres agricoles, commerces et biens personnels. Lorsque les axes principaux sont jugés trop dangereux, des habitants racontent avoir utilisé des chemins secondaires ou traversé des zones agricoles pour quitter la commune avec leurs enfants.

Les Gonaïves, Saint-Marc et Saint-Michel de l’Attalaye figurent parmi les principales destinations citées par les personnes déplacées rencontrées par Juno7.

Dans certains quartiers de Marchand-Dessalines, la population s’est ainsi considérablement réduite.

Une autre inquiétude apparaît désormais. Selon plusieurs sources locales, des tensions seraient apparues entre Kokorat San Ras et Gran Grif, pourtant alliés lors de leur implantation dans la commune. Aucune confrontation majeure entre les deux groupes n’avait toutefois pu être confirmée de manière indépendante au moment de la rédaction de cet article.

Pour les habitants restés sur place comme pour ceux qui ont fui, la possibilité d’affrontements entre ces groupes fait craindre une nouvelle aggravation de la situation.

Des pertes en vies humaines ont déjà été enregistrées au cours des violences et des opérations survenues dans la région ces derniers mois. Derrière ces événements se trouvent également des familles déplacées, des enfants privés d’école et des habitants ayant perdu une partie ou la totalité de leurs moyens de subsistance.

Près de six mois après le début de cette crise, Marchand-Dessalines reste profondément affectée.

Pour les Dessaliniens dispersés dans l’Artibonite et ailleurs dans le pays, l’espoir reste celui d’un retour.

Plusieurs habitants interrogés par Juno7 disent vouloir rentrer chez eux dès que les conditions de sécurité le permettront, malgré les maisons abandonnées, les activités perdues et les difficultés accumulées au cours des derniers mois.

Dans cette commune intimement liée à l’histoire d’Haïti, l’attente se prolonge. Celle de pouvoir revenir, rouvrir les écoles et les commerces, reprendre les activités agricoles et retrouver une vie quotidienne qui ne soit plus dictée par les armes.

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