Migration : sur RT, Marcus Boereau appelle à distinguer politique migratoire et investissement en République dominicaine
Invité d’un débat diffusé par RT, l’entrepreneur haïtien Marcus Boereau a plaidé pour une distinction entre la politique migratoire dominicaine et l’accueil réservé aux investisseurs étrangers. Selon lui, les entrepreneurs haïtiens ne devraient pas être assimilés aux enjeux liés à l’immigration irrégulière.
La crise haïtienne et ses répercussions sur la République dominicaine étaient au cœur d’un débat organisé par la chaîne internationale RT. Animée par le journaliste Luis Castro, l’émission réunissait Miguel Valenzuela, consul de la République dominicaine en Haïti, Jenny Morón, coordonnatrice du mouvement des femmes dominico-haïtiennes, et l’entrepreneur haïtien Marcus Boereau.
Les échanges ont porté sur les récentes politiques migratoires dominicaines, les expulsions de ressortissants haïtiens, la sécurité à la frontière ainsi que les conséquences économiques et humanitaires de la crise en Haïti.
Interrogé sur les inquiétudes suscitées par les expulsions massives de migrants haïtiens, Marcus Boereau a expliqué que cette situation nourrit aujourd’hui un climat d’incertitude chez plusieurs entrepreneurs haïtiens souhaitant développer des activités économiques en République dominicaine.

« L’Haïtien qui veut venir en République dominicaine pour faire des affaires a aujourd’hui peur», a-t-il déclaré, estimant qu’une confusion s’installe entre la politique migratoire du pays et le traitement réservé aux investisseurs.
Selon lui, la République dominicaine demeure une destination où des investisseurs de diverses nationalités, notamment du Venezuela, du Mexique ou d’Espagne, exercent leurs activités dans un environnement qu’ils jugent sécuritaire. Il estime que les entrepreneurs haïtiens devraient pouvoir bénéficier du même climat de confiance lorsqu’ils viennent investir légalement dans le pays.
« Ne pas confondre politique migratoire et politique d’investissement»
Marcus Boereau a insisté sur la nécessité de distinguer le contrôle migratoire, qu’il reconnaît comme un droit souverain des États, de la politique économique destinée à attirer les investisseurs.
« Il ne faut pas confondre la politique migratoire avec la politique d’investissement. Ce sont deux choses totalement différentes», a-t-il affirmé.
À ses yeux, un État peut renforcer le contrôle de ses frontières tout en garantissant un environnement favorable aux investisseurs étrangers qui respectent les lois en vigueur.
L’entrepreneur a également rappelé le rôle historique joué par les travailleurs haïtiens dans plusieurs secteurs de l’économie dominicaine, notamment la construction.
« La République dominicaine s’est aussi construite grâce au travail de milliers d’Haïtiens», a-t-il souligné, évoquant notamment les ouvriers présents depuis des années sur les chantiers de Punta Cana.
Il a estimé que les autorités disposent des moyens nécessaires pour mieux distinguer les travailleurs établis de longue date des réseaux criminels opérant dans la migration irrégulière, plaidant ainsi pour une approche plus ciblée.
Une crise régionale
Marcus Boereau a également rappelé que les Haïtiens sont conscients de la gravité de la crise que traverse leur pays, tout en soulignant que la mobilité internationale ne concerne pas uniquement Haïti.
Prenant son propre parcours en exemple, il a indiqué avoir vécu treize ans en Chine avant de choisir de s’établir en République dominicaine pour y développer des activités économiques.
« J’ai choisi d’être ici pour faire des affaires. Ce n’est pas parce que je n’ai pas d’autre option; c’est un choix», a-t-il expliqué.
Pour lui, les relations entre Haïti et la République dominicaine doivent être abordées sous l’angle de la coopération économique autant que de la gestion des flux migratoires.
Au cours du débat, Jenny Morón a, de son côté, plaidé pour que les politiques de régularisation migratoire respectent davantage les droits humains, tandis que le consul dominicain Miguel Valenzuela a défendu le droit de son pays à contrôler ses frontières, tout en rappelant que la République dominicaine a longtemps fait preuve de solidarité envers Haïti.
Le débat intervient alors que la crise sécuritaire en Haïti continue d’alimenter les discussions sur la gestion des flux migratoires, la sécurité frontalière et les relations bilatérales entre les deux pays.
À lire aussi : Diaspora haïtienne : mobilisations, immigration et initiatives
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