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Nutrition, éducation, emploi : pourquoi Haïti est au cœur de la crise mondiale du capital humain 

12 February 2026
This content originally appeared on juno7 - Haïti News.

 

Alors que la Banque mondiale alerte sur une perte moyenne de 51 % des revenus futurs dans les pays à revenu faible et intermédiaire en raison de déficits en nutrition, en apprentissage et en compétences professionnelles, Haïti apparaît comme un cas particulièrement révélateur d’une crise aux effets durables.

Selon le rapport, 86 des 129 pays étudiés ont enregistré, entre 2010 et 2025, des reculs en matière de nutrition, d’apprentissage ou de développement des compétences. Si ces tendances sont globales, leurs conséquences sont plus lourdes dans les contextes fragiles, où l’instabilité et l’insécurité limitent les investissements dans les capacités humaines.

Des inégalités qui commencent avant l’école

En Haïti, les vulnérabilités apparaissent dès la petite enfance. La malnutrition chronique reste élevée dans plusieurs départements, affectant le développement cognitif avant même l’entrée en classe.

Les études montrent que les écarts liés au milieu familial se creusent avant l’âge de cinq ans et persistent ensuite tout au long de la scolarité. Dans un pays où des milliers d’écoles ont fermé à cause de l’insécurité, la crise dépasse largement le simple cadre éducatif.

Pourquoi Haïti est-elle particulièrement exposée à la crise mondiale du capital humain ? Parce que les déficits en nutrition, en éducation et en stabilité économique s’y accumulent et se renforcent mutuellement.

Une génération fragilisée par l’instabilité scolaire

Le rapport souligne une détérioration des acquis scolaires dans de nombreux pays. En Haïti, les interruptions répétées de l’année académique, la migration des enseignants et la destruction d’infrastructures aggravent encore la situation.

Le système éducatif repose majoritairement sur le secteur privé, rendant l’accès à l’école dépendant du pouvoir d’achat des familles. Dans un contexte d’inflation persistante et de contraction économique, le risque de décrochage augmente.

À long terme, une génération insuffisamment formée limite la capacité du pays à attirer des investissements et à moderniser son économie.

Quand le marché du travail ne suit pas

Le nouvel indice élargi Human Capital Index Plus (HCI+) montre que les déficits de compétences se traduisent par des pertes importantes de revenus sur l’ensemble d’une vie active.

En Haïti, plus de 70 % des actifs évoluent dans l’économie informelle. L’agriculture de subsistance et le petit commerce dominent un marché où la formation continue et l’apprentissage structuré restent limités.

Le chômage et le sous-emploi des jeunes alimentent les migrations et la précarité. Sans politiques favorisant l’emploi formel et la qualification professionnelle, le pays risque d’installer durablement une partie de sa jeunesse dans un cycle d’instabilité économique.

Un choix décisif pour l’avenir

La crise du capital humain n’est pas seulement sociale. Elle est stratégique. Dans un pays où plus d’un million de personnes sont déplacées internes et où de nombreuses structures de santé fonctionnent partiellement, la reconstruction ne pourra être durable sans investissement massif dans les capacités humaines.

Le rapport appelle à une approche intégrée combinant soutien aux familles, amélioration des quartiers et réforme des marchés du travail.

Dans une économie mondiale fondée sur la connaissance et les compétences, Haïti se trouve à un tournant : investir aujourd’hui dans sa jeunesse ou voir s’installer une stagnation prolongée.

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