Chaque fois qu’un vendredi tombe le 13 du mois, une atmosphère particulière semble s’installer dans certaines sociétés. Pour certains, la date porte malheur. Pour d’autres, elle représente au contraire une occasion de tenter sa chance. Derrière cette ambivalence se cache un mythe ancien, nourri à la fois par la religion, l’histoire et la culture populaire.
L’association du chiffre 13 à la malchance remonterait à des traditions religieuses occidentales. Dans la tradition chrétienne, la Cène réunissait treize convives, Judas étant souvent désigné comme le treizième à table. Le vendredi, quant à lui, est associé à la crucifixion du Christ. La combinaison des deux éléments aurait progressivement renforcé l’idée d’une journée néfaste. Certains évoquent également l’arrestation massive des Templiers le vendredi 13 octobre 1307, un épisode historique souvent cité pour alimenter l’imaginaire autour de cette date.
Pourtant, la superstition moderne du vendredi 13 est relativement récente. Elle s’est véritablement popularisée à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, notamment à travers la littérature et la presse. Le roman Friday, the Thirteenth, publié en 1907, a contribué à diffuser l’idée d’une date associée au danger et à la catastrophe. Le cinéma d’horreur, en particulier la série « Vendredi 13 », a ensuite amplifié cette perception, inscrivant durablement cette journée dans la culture mondiale.
La peur irrationnelle du vendredi 13 porte même un nom scientifique : la paraskevidékatriaphobie. Bien qu’elle puisse prêter à sourire, elle influence parfois des comportements bien réels. Certaines personnes évitent de voyager, de signer des contrats ou de prendre des décisions importantes ce jour-là. Dans plusieurs pays occidentaux, des immeubles ne comportent pas de 13e étage et certains hôtels omettent la chambre numéro 13.
Cependant, cette superstition n’est pas universelle. Dans plusieurs pays hispanophones, c’est plutôt le mardi 13 qui est considéré comme malchanceux. En Italie, le chiffre 17 suscite davantage de crainte que le 13. À l’inverse, dans d’autres contextes culturels, le vendredi 13 est perçu comme un jour porte-bonheur. Les loteries et jeux de hasard enregistrent souvent une augmentation notable de participation à cette date, preuve que la croyance peut aussi se transformer en espoir.
Au-delà des symboles religieux et des récits historiques, le vendredi 13 illustre surtout la capacité des sociétés à construire des significations autour des chiffres et des calendriers. Aucune étude scientifique ne confirme que cette date soit plus propice aux accidents ou aux malheurs que les autres. Pourtant, le mythe persiste, transmis de génération en génération, entretenu par la culture populaire et les traditions.
Entre crainte irrationnelle et folklore moderne, le vendredi 13 demeure un phénomène culturel révélateur de la puissance des imaginaires collectifs. Il rappelle que, même à l’ère de la rationalité et des données, les symboles continuent d’influencer les comportements humains.
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