L’intervention militaire américaine au Venezuela marque un tournant dangereux pour l’équilibre Mondial mais aussirégional. Dans une Caraïbe historiquement attachée à la paixet au droit international, les réactions oscillent entre condamnations fermes, prudence diplomatique et inquiétudestratégique. Face au retour brutal de la loi du plus fort, unevoix s’impose avec clarté celle de Mia Amor Mottley, Première minister de la Barbade. Mais dans ce concert diplomatique, une absence frappe: celle d’Haïti. Tour d’horizon avec Nancy Roc.
L’offensive américaine au Venezuela a agi comme un électrochoc dans l’ensemble de la Caraïbe, ravivant de vieux traumatismes régionaux liés aux interventions unilatérales et à l’effacement progressif du droit international. Derrière les justifications sécuritaires avancées par Washington, une question centrale s’impose : qui protège les petits États lorsque les règles cessent de s’appliquer aux puissants ?
Mia Mottley, conscience politique de la Caraïbe
Depuis Bridgetown, Mia Amor Mottley, Première ministre de la Barbade et présidente de la CARICOM, a livrél’une des prises de position les plus lucides et structurantes de cette séquence.
« Nous entrons dans un territoire inexploré. Quand la puissance se substitue à la loi, aucun pays, petit ou grand, n’estvéritablement en sécurité. »— Mia Mottley, conférence de presse du 4 janvier 2026
Sans condamner frontalement Washington ni justifier Caracas, la cheffe du gouvernement barbadien a replacé le débatsur le terrain essentiel du droit international, rappelant que pour les petits États insulaires, ce cadre multilatéral n’est pas un luxe diplomatique mais une condition de survie. Lorsqu’il s’effondre, ce sont toujours les nations les plus vulnérables qui en paient le prix.
CARICOM: la paix comme ligne rouge
Sous son impulsion, la CARICOM a multiplié les consultations d’urgence, appelant à la désescalade, au dialogue et au respect de la souveraineté des États, réaffirmant que la Caraïbe doit demeurer une zone de paix. Cette diplomatie du consensus, souvent critiquée pour sa retenue, apparaîtaujourd’hui comme un dernier rempart face à la banalisation de la force.
Cuba: la mémoire des ingérences
À La Havane, la réaction a été sans ambiguïté. Cuba a condamné l’intervention américaine, dénonçant une « violation flagrante de la souveraineté vénézuélienne » et un précédent dangereux pour l’ordre international.
Cette position s’inscrit dans une mémoire politique marquée par des décennies d’ingérences et de sanctions, où l’usage unilatéral de la force n’est pas une abstraction géopolitique mais une expérience vécue.
République dominicaine : la stabilité avant tout
La République dominicaine, acteur économique et diplomatique majeur de la Caraïbe hispanophone, a adopté une posture plus mesurée. Par la voix de son ministère des Affaires étrangères, Saint-Domingue a appelé à la retenue, au respect de la souveraineté et à un retour rapide au dialogue diplomatique, soulignant les risques directs d’instabilité pour la région.
Une prudence dictée autant par la géopolitique que par des réalités concrètes : migrations, commerce, tourisme et sécurité sont étroitement liés.
Haïti : le silence comme symptôme
Mais dans cette séquence régionale, un silence demeure assourdissant : celui d’Haïti.
À ce stade, aucune déclaration officielle des autorités haïtiennes n’a été rendue publique, ni pour condamner l’intervention, ni pour appeler au dialogue, ni même pour rappeler l’attachement historique du pays au principe de souveraineté des États.
Ce mutisme traduit l’effacement diplomatique d’un État accaparé par une crise sécuritaire, humanitaire et institutionnelle sans précédent. Jadis porte-étendard du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, Haïti apparaît aujourd’hui absente des débats qui redessinent son environnement régional.
Une inquiétude partagée, malgré les divergences
De Trinidad-et-Tobago au Guyana, les réactions varient mais convergent sur une même crainte : celle d’un précédent dangereux pour la stabilité régionale.
La Jamaïque, poids lourd diplomatique et économique de la Caraïbe anglophone, a elle aussi exprimé son inquiétude. Dans un communiqué officiel, Kingston a appelé au respect du droit international, à la désescalade immédiate et à une solution fondée sur le dialogue multilatéral, avertissant que toute instabilité majeure au Venezuela aurait des répercussions directes sur l’ensemble de la région caribéenne.
Sans condamner explicitement Washington, la Jamaïque s’inscrit ainsi dans une ligne de prudence stratégique, soucieuse d’éviter une régionalisation du conflit tout en rappelant l’attachement historique de la Caraïbe aux principes de souveraineté et de non-ingérence.
La crise vénézuélienne n’est pas un simple épisodediplomatique. Elle est un révélateur brutal. Elle expose la fragilité des petits États face au retour des logiques de puissance, l’importance vitale du droit international et le coût politique du silence.
Dans ce moment de bascule, la parole de Mia Mottley s’impose comme une boussole morale. Elle rappelle que la paixne se construit pas par la force, et que sans règles communes, la sécurité n’est qu’une illusion. Pour la Caraïbe, rester une zone de paix n’est plus un principe abstrait : c’est une urgence existentielle. Quant à Haïti, l’absence de voix aujourd’hui pose une question douloureuse : comment exister demain dans un ordre régional qui se redessine sans elle ?
Nancy Roc, le 8 janvier, 2026,
Notes de bas de page
- Miami Herald, « U.S. military action in Venezuela sparks regional concern », 6 janvier 2026.
- NY Carib News, « Mia Mottley urges restraint and respect for international law », 5 janvier 2026.
- Caribbean Today, « Barbados PM warns of regional instability after Venezuela crisis », 5 janvier 2026.
- CARICOM Secretariat, Communiqué officiel sur la situation au Venezuela, 6 janvier 2026.
- Granma, « Cuba condena la agresión de Estados Unidos contra Venezuela », 6 janvier 2026.
- Ministerio de Relaciones Exteriores de la República Dominicana, Déclaration officielle, 6 janvier 2026.
- Vérification croisée des communiqués officiels du gouvernement haïtien et du MAE haïtien, au 7 janvier 2026.
- St. Lucia Times, « Caribbean leaders react to U.S. action in Venezuela », 6 janvier 2026.
- Jamaica Ministry of Foreign Affairs and Foreign Trade ;Jamaica Observer, « Jamaica calls for calm after U.S. action in Venezuela », 6 janvier 2026.
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