Jean Price-Mars : un appel à la responsabilité des élites haïtiennes toujours d’actualité
Une journée commémorative organisée le 30 octobre à Pétion-Ville a revisité la pensée de Jean Price-Mars, à l’occasion du 150e anniversaire de sa naissance. Ses réflexions sur l’identité nationale, l’éducation et la responsabilité des élites ont occupé une place centrale dans les échanges.
Des acteurs des secteurs éducatif, universitaire et culturel ont rendu hommage, vendredi 30 octobre 2026, au Dr Jean Price-Mars (1876-1969), à l’occasion du 150e anniversaire de sa naissance.
Organisée à l’hôtel Montana, à Pétion-Ville, par le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), la Commission nationale haïtienne de coopération avec l’UNESCO (CNHCU) et l’Agence nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (ANESRS), cette journée commémorative était placée sous le thème « Diplomatie, identité et dignité nationale ».
La rencontre a réuni plusieurs universitaires et chercheurs, parmi lesquels Hérold Toussaint, sociologue et président de l’ANESRS ; Laënnec Hurbon, sociologue et président du Comité national de la Route de l’Esclave ; Jhon Picard Byron, ethnologue et politiste de l’Université d’État d’Haïti (UEH) ; Auguy Makey, titulaire de la Chaire de philosophie africaine à Libreville, au Gabon ; et Alain Nzigou-Moussavou, philosophe et spécialiste de la résolution des conflits.
Les échanges ont également bénéficié des contributions de Celucien L. Joseph, titulaire de la Chaire dotée d’études américaines à la Louisiana State University Shreveport, aux États-Unis.
À travers plusieurs panels scientifiques, les intervenants ont revisité l’héritage de cet intellectuel, notamment ses réflexions sur l’identité nationale, les héritages africains, le vodou, la question raciale et la responsabilité des élites.
Parmi les œuvres examinées figuraient Ainsi parla l’oncle (1928) et La vocation de l’élite (1919). Ce dernier ouvrage, qui rassemble plusieurs conférences, interpelle les classes dirigeantes haïtiennes sur leur rôle dans la société. Price-Mars y examine notamment la distance entre une minorité privilégiée, détentrice du pouvoir politique, économique et intellectuel, et les masses populaires, particulièrement paysannes.
Dans cette perspective, l’élite ne saurait se définir uniquement par ses privilèges. Elle doit assumer une responsabilité morale, intellectuelle et civique envers la collectivité. L’éducation, la diffusion du savoir, la lutte contre les préjugés raciaux et la reconnaissance des cultures populaires occupent une place importante dans cette réflexion sur la construction nationale.
Dans sa communication intitulée « Jean Price-Mars et la vocation de l’élite », Ricarson Dorcé, enseignant à l’UEH, a proposé une lecture contextualisée de cette œuvre. Il en a présenté les fondements historiques, les orientations sociales et la pertinence face aux crises contemporaines, en revenant notamment sur les enjeux de souveraineté, d’éducation et de domination raciale et sociale.
Ces réflexions trouvent un écho dans les difficultés actuelles d’Haïti : affaiblissement des institutions, divisions sociales, insécurité et manque de perspectives pour la jeunesse. Elles invitent à interroger la responsabilité des élites intellectuelles, politiques et économiques dans la reconstruction nationale.
La commémoration a également été marquée par les interventions de Neptune Prince, secrétaire permanent de la CNHCU, de Charles Poisset Romain, recteur de l’Université Jean Price-Mars, et de Dieuseul Prédélus, recteur de l’UEH.
Le ministre de la Culture et de la Communication, Emmanuel Ménard, a annoncé la création du Prix national Jean Price-Mars, dont la première édition est prévue en 2027. Son homologue de l’Éducation nationale, Vijonet Démérot, a annoncé la distribution d’un kit pédagogique dans les établissements scolaires ainsi qu’une réédition populaire et bilingue, en français et en créole, d’Ainsi parla l’oncle.
Le petit-fils de l’intellectuel, Louis Henry Mars, a pour sa part rappelé que son grand-père concevait la culture comme un instrument de rapprochement entre les différentes composantes de la société, notamment entre les élites et les masses populaires, ainsi qu’entre les villes et les campagnes.
Au-delà de l’hommage, cette journée a ainsi remis au centre des échanges une question qui traverse l’œuvre de Price-Mars : comment mettre le savoir, les responsabilités publiques et les ressources des élites au service du bien commun ?
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